Dêmokratia vs austeritas

Publié le par Laurent Abrahams

La chaîne de l’austérité a pris un sérieux coup ce dimanche 5 juillet ! Le peuple grec, malgré une campagne des dirigeants européens et des média pour le oui, a dit non. Encore une fois, quand un peuple est interrogé clairement sur un projet européen qui ne propose que la finance et l’austérité, il se prononce contre. Comment, cette fois si, les dirigeants européens vont-il escamoter le choix extrêmement courageux qu’ont fait les grecs ? En 2005, ils avaient insulté les peuples qui s’étaient prononcés contre le traité constitutionnel en adoptant, sans leur demander leur avis, le traité de Lisbonne qui reprenait peu ou prou le traité rejeté par les urnes.

Le mépris du vote, le rejet de la démocratie sont devenus habituels, que ce soit au niveau européen ou au niveau national. Les grecs avaient voté pour une équipe qui proposait une voie alternative à l’austérité. Cette austérité, appliquée pendant cinq années, a montré son inefficacité, pire sa nocivité quand à apporter des solutions aux populations en terme de chômage, d’accès aux soins, de lutte conte la pauvreté, de pouvoir d’achats, d’avenir soutenable… Dans sa grande sagesse les électeurs et électrices grecs avaient, par leur vote, sanctionné les dirigeants qui n’avaient fait, qu’au mieux accompagner la catastrophe économique, au pire provoqué.

Pourtant à peine élu le gouvernement d’Alexis Tsipras a eu à affronter des institutions et des dirigeants européens qui semblaient n’avoir aucune envie de résoudre les problèmes. Leur objectif a toujours été d’empêcher toute alternative à l’austérité et aux privatisations qui vont avec, privatisations qui sont autant d’occasions pour les amis de ses dirigeants de faire des affaires sur la misère d’un peuple.

Ce déni démocratique a atteint des sommets quand M. Junker, président de la commission européenne, s’est permis de déclarer : « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Mais le gouvernement Tsipras n’a pas cédé et s’est tourné vers le peuple pour avoir son soutien dans les négociations qui vont reprendre.

Chez nous, à une autre échelle, le déni démocratique frappe également. L’utilisation du 49-3 par le gouvernement pour faire taire les, pourtant peu convaincants, « frondeurs » en est sans doute l’illustration la plus visible médiatiquement et la comparaison la plus pathétique avec les choix du gouvernement Syiriza. Mais comment appelé la décision, au lendemain des élections municipales, d’imposer 12 milliards d’économies aux collectivités? Comment nommer cette coupe sombre imposée aux équipes municipales, qui à peine élues se voient traiter comme des grecs. Le choix des électrices et des électeurs a été bafoué par le gouvernement Valls/Hollande. Quand ils et elles ont fait le choix de porter aux commandes de leur ville des équipes pro austérité de droite ou du PS, alors ils et elles ne peuvent que feindre la surprise quand les services publics ont fermé, quand l’accès à la culture a été sacrifié, quand les maisons syndicales ont été vidées, quand les subventions aux associations ont fondu. Mais que dire à ceux et celles qui ont porté en responsabilité des équipes s’engageant contre l’austérité ? Des équipes qui, pensaient légitimement avoir quelques marges de manœuvre, et qui ont appris moins d’une semaine après leur élection, que le gouvernement leur retirait les dotations servant normalement à financer les missions que l’état leur impose d’assurer et ce, au nom de la sainte dette et des commandements Bruxellois. Amen !

Cette décision gouvernementale, au moment ou l’état imposait en plus d’assurer une réforme des rythmes scolaires terriblement coûteuse, n’a d’autre but que d’imposer l’austérité à toutes les collectivités. Si certaines villes s’en accommodent très bien, y voyant l’occasion de réduire les services publics et privatiser ceux dont elles ne peuvent priver leurs électorat, d’autres villes, celles dirigées par ce que l’on appelle maintenant l’autre gauche et qui est de fait la gauche, sont placées dans une situation cruelle. Comment assurer des services publics à tous, comment améliorer l’accès à la culture, comment améliorer le cadre de vie, comment améliorer les conditions d’enseignement et de loisir, comment favoriser l’accès aux droits, comment, sur leur territoire, amorcer l’indispensable transition écologique… ?

Comment ne pas comprendre ceux qui se détournent des urnes quand leurs bulletins de vote ne semblent plus avoir de valeur. Comment ne pas comprendre ceux et celles qui finissent par croire, à force de propagande, que la politique ne peut rien contre l’économie alors que l’économie n’est que politique. Comment ne pas être inquiet, quand certains et certaines succombent à la haine de l’autre à force d’avoir peur de tout.

Là où un pays, encore souverain, qui vote l’impôt et peut battre monnaie, comme la Grèce a pu exprimer son avis sur la question, même si il est encore trop tôt pour savoir ce qu’en feront les dirigeants européens et les « institutions », une commune, elle n’a que peu de marges.

Si de nombreuses villes ont fait le choix d’augmenter, dès la première année, massivement les impôts locaux, de fermer de nombreux services publics, Montreuil a fait le choix de ne pas augmenter les impôts et de s’appuyer sur l’ingéniosité et l’engagement de ses agents pour assurer les services que les habitantes et habitants réclamaient. Mais cette ingéniosité a ses limites et il faudra trouver d’autres solutions pour ne pas se voir imposer les choix budgétaires du préfet. Et si le gouvernement grec a pu compter sur le courage et la mobilisation populaire, il est certain que le moment venu les montreuilloises et montreuillois sauront faire preuve de ce même courage et de la solidarité qui les caractérisent.

La Grèce nous entrouvre un chemin, sans doute suivi par d’autres en Espagne, en Irlande, au Portugal…en France. Au sortir de notre congrès du Parti de Gauche et avant des échéances électorales, le slogan retenu est plus que jamais d’actualité : LA SOLUTION C’EST LE PEUPLE !

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