Un chantier d'insertion menacé dans les Murs à Pêches

Publié le par Nicolas Voisin


L’association Murs à Pêche (MAP) a publié le 12 juin 2008 un communiqué (voir ici le communiqué) dénonçant le désengagement de la Ville de Montreuil dans le chantier d’insertion ouvert sur le site des murs à pêches en 2006. Ce désengagement brutal peut conduire à court terme à une triple conséquence : l’arrêt de l’activité de sauvegarde du patrimoine historique, paysager et culturel engagé dont on connaît l’importance et l’urgence ; le licenciement de salariés investis sur ce chantier ; la non-reconduction des postes en contrat d’insertion. Il s’agit donc d’une décision grave.

Je crois pouvoir affirmer que je connais ce dossier, puisque, chargé de l’insertion et de l’emploi au sein de la précédente municipalité (maire adjoint, mais aussi président du PLIE), je m’étais largement investi dans la mise en place de ce chantier, en participant en 2006 avec l’association MAP à la définition du projet, en cherchant dans le budget municipal les moyens de financer son lancement et en appuyant le dossier auprès des partenaires financeurs avec un réel succès, résultant en grande partie de la qualité du dossier présenté par MAP.

D’ailleurs, comme le souligne le communiqué de MAP, la pertinence de ce chantier a été complètement démontrée depuis deux ans, tant dans sa dimension « insertion » que « culturelle ». C’est donc avec un sentiment de gâchis que je découvre cette décision de la nouvelle municipalité.

Je suis aussi très surpris par l’argumentation abrupte développée par MM. Petitjean et Desgranges, maires adjoints, dans la lettre qu’ils ont adressée à MAP et que nous nous sommes procuré.

L’ingérence de la nouvelle municipalité dans les choix d’une association

Le point de départ de leur argumentation consiste à nier la compétence de MAP dans le domaine de l’insertion professionnelle. Ainsi, après avoir  introduit leur lettre en rappelant que « l’association MAP a joué un rôle irremplaçable pour la préservation du site des murs à pêches et sa découverte à travers des projets culturels et pédagogiques », ils s’emploient à démontrer que l’activité de l’association doit se réduire à ce « métier de base que la municipalité souhaite préserver » et « pour valoriser ces activités » (et aucune autre selon MM. Petitjean et Desgranges) la nouvelle municipalité accepterait « la mise en place d’un véritable partenariat […] avec une convention d’objectifs qui fixe les droits et devoirs de chacun. »

C’est bien la première fois que je lis une telle volonté d’ingérence d’une municipalité dans les choix d’une association indépendante régie par la Loi de 1901 !

Le message des élus de la nouvelle municipalité est clair : vous abandonnez l’activité d’insertion que vous avez choisie, vous réduisez votre champ d’intervention à l’idée que nous nous en faisons (les élus précisent lesquelles : « Rendez-vous aux jardins, le festival des MAP, le verger pédagogique, les accueils et visites sur les parcelles gérées par l’association »), et alors nous vous soutiendrons.

C’est exactement le contre-pied de la démarche que j’avais soutenue au nom de la précédente municipalité, en saluant, au contraire, le « glissement » de l’orientation d’une association située au départ sur les terrains strictement culturel et patrimonial (du reste très critique vis-à-vis de la municipalité sur ces terrains-là) et s’élargissant peu à peu aux problématiques sociales et professionnelle (en partenariat étroit avec la Ville).

A mes yeux, il s’agissait d’un processus tout à fait respectable, contribuant à faire sortir la question des murs à pêches d’une sorte de ghetto culturel dans lequel elle était parfois enfermée, en l’ouvrant sur la Cité, et en affirmant la globalité des problématiques liées à l’aménagement souhaitable du site des MAP dans une vision à la fois culturelle, patrimoniale, historique, urbaine, sociale et environnementale.

D’une certaine façon, ce processus d’élargissement du champ de compétences de l’association MAP rappelait l’histoire de la Régie de quartier, constituée à l’origine sur l’entraide et la convivialité d’un quartier de Montreuil, et se transformant au fil du temps en l’un des principaux opérateurs de la ville en matière d’insertion (sans renoncer aux objectifs initiaux).

Manifestement, la nouvelle municipalité ne partage pas cette appréciation… Mais ce n’est pas tout, puisqu’elle met en œuvre une toute autre orientation, justifiée par des arguments assez douteux.

Le mythe d’une « banqueroute financière » pour  justifier des choix politiques…

MM. Petitjean et Desgranges relativisent dans leur courrier à MAP la volonté politique de la précédente municipalité dans le soutien à MAP en prétendant que « la Ville n’était pas directement impliquée dans la création de cette activité [d’insertion] hormis l’aide technique qu’elle apporte aux actions d’insertions grâce à la MIES (sic) et par son investissement dans le PLIE » en feignant d’oublier que la Mission Insertion Emploi Economie Solidaire (MIEES) est un service municipal placé sous la responsabilité directe de l’élu à l’insertion et que le Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi (PLIE) est un outil intercommunal dirigé par les municipalités des communes qui l’ont créé.

Ayant plusieurs fois défendu le dossier MAP devant le conseil municipal, je peux assurer que l’implication de la Ville de Montreuil était important, même s’il a fallu – il faut le reconnaître – surmonter un certain nombre de réticences… Lorsqu’en 2006, la Ville de Montreuil s’est engagée, c’est après mûre réflexion et en partageant pleinement avec l’association les ambitions sociales, patrimoniales et culturelles contenues dans ce beau projet.

Mais manifestement, les nouveaux élus semblent vouloir maintenir l’ambiance détestable de la campagne précédent l’élection, où tout était bon pour dénigrer l’action de la précédente municipalité, a fortiori lorsque des élus avaient l’outrecuidance de s’intéresser au murs à pêches qu’ils considéraient comme une sorte de « chasse gardée ».

Plus loin, MM. Petitjean et Desgranges poursuivent en reprenant à leur tour le refrain qui tourne en boucle depuis le 16 mars dernier, sur l’air de « Montreuil a été ruinée par les prédécesseurs, on est désolé, on vous a promis plein de choses, mais il va falloir faire des sacrifices ». La ficelle est grosse et elle commence sérieusement à s’user…

Ainsi, ils écrivent : « Des arbitrages financiers transparents et respectant le calendrier budgétaire municipal [sont] nécessaires compte tenu de l'état hélas très dégradé des finances municipales et de la volonté de la nouvelle équipe d’assainir leur gestion ». Et c’est ainsi que les élus décident de se désengager, en avançant que l’aide au lancement de 45 120 euros débloqués en 2006 sur les crédits « tempêtes » étaient « exceptionnels » et devaient mécaniquement s’interrompre en 2008  puisqu’il s’agissait – selon eux – d’un « coup de pouce pour le chantier d’insertion mais n’était pas voué à se prolonger. »

On voit bien comment la nouvelle équipe municipale tente de faire porter la responsabilité de leurs choix politiques sur leurs prédécesseurs ! S’il est vrai que la somme engagée en 2006 a été le résultat d’une opportunité budgétaire (les fameux crédits « tempête » qui n’avaient pas été utilisés depuis 1999, et dépassant d’ailleurs largement la somme espérée par MAP !), rien n’interdisait à la nouvelle municipalité d’envisager une négociation pour permettre la poursuite du soutien financier assurant la pérennité de l’activité du chantier d’insertion.

Si un déséquilibre apparaît dans les finances de l’association, il faut bien sûr être exigeant pour redresser la barre et l’aider à assainir sa situation. Combien de fois ai-je dû intervenir dans ce sens au cours du mandat précédent ! Car les temps sont durs, depuis 2002, pour le mouvement associatif confronté au désengagement de l’Etat provoqué par la droite, particulièrement pour les associations qui ont le courage d’intervenir dans le domaine du social ou de l’insertion…

Mais il semble que la méthode ait changé à Montreuil (qui – comble de l’ironie – accueillait le mois dernier les sous ministres Martin Hirsch et Fadéla Amara pour le Grenelle de l’Insertion !).

Ainsi, pour MAP, ce sera la fermeture brutale du chantier. Avec une vague promesse d’une reprise éventuelle d’un chantier d’insertion mis en œuvre cette fois-ci par la Ville dans le cadre d’un « programme de restauration de murs en 2009, avec une diversité de partenaires mais en assumant la maîtrise d’ouvrage ».

Mais la conclusion de la lettre est on ne peut plus claire sur le rôle assigné par les élus à l’association : « MAP n’est pas une association d’insertion et ses difficultés budgétaires sont en grande partie nées du changement de métier et d’échelle qu’à impliqué la gestion de chantier d’insertion, bien loin de la gestion d’activités culturelles auxquelles vous êtes habitués. »

Au-delà de la brutalité du procédé des nouveaux gestionnaires de la Ville, on voit aussi apparaître dans cette affaire une bien singulière conception des relations entre la municipalité et le mouvement associatif…

Par Nicolas Voisin
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