La politique montreuilloise : pure question de forme ?

Publié le par Juliette Prados

Jeudi 22 mai, lors du dernier conseil municipal de Montreuil, la présidente du groupe socialiste a interrogé la Sénatrice-Maire sur les dispositions qu’elle comptait prendre pour permettre l’expression des minorités au sein de la presse locale. Nous avons eu la surprise d’apprendre que désormais, plutôt qu’être regroupées une fois par mois sur une double page, les tribunes politiques seraient publiées une fois par semaine, à tour de rôle.

Si cette option mérite réflexion - après tout la « minorité », constituée de trois groupes, bénéficierait d’une présence quasi permanente - les raisons qui ont été évoquées pour justifier ce changement sont pour le moins surprenantes : d’après Dominique Voynet, la formule qui avait cours sous le précédent mandat était un peu trop... austère.

Diantre ! Nous, élus municipaux, aurions-nous oublié d’être distrayants ? Tout à notre combat pour œuvrer à la transformation sociale de notre société, aurions-nous omis de considérer que le citoyen montreuillois se fichait pas mal de nos propos et que pour lui, un soupçon de politique par ci - par là, c’est bien assez ?

Le Parisien, lui, ne s’y est pas trompé. Dans le compte-rendu qu’il propose à ses lecteurs du-dit Conseil (édition 93 du 24 mai), les seuls faits qui retiennent son attention sont, dans le désordre : la nouvelle disposition de la salle, le placement libre des élus, la courte durée de la séance. Une seule délibération est rapportée : celle allouant une enveloppe de 39 000 euros à la formation des élus, sans préciser qu’elle a été jugée trop juste par la « minorité ».

Pas un mot des subventions exceptionnelles allouées à la Chine et à la Birmanie, ni de la position de la municipalité sur le service minimum, rien non plus du dialogue sur une retour en gestion publique de l’eau qui s’est amorcé lors de cette séance.

Il est vrai que bien plus que le fond, la forme a été à l’honneur lors des dernières échéances électorales ; on a ainsi pu apprendre à installer les chaises en cercle lors des réunions publiques, porter des écharpes turquoises, distribuer des tracts où la mise en page et les slogans primaient sur le contenu...

Il est vrai également que les classes populaires se désintéressent de la vie politique, et n’ont pas pris le chemin des urnes lors des dernières élections municipales, illustrant parfaitement la fameuse « démocratie de l’abstention » pointée par Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen dans un ouvrage du même nom sorti en 2007.

Doit-on pour autant se résoudre à appliquer à la politique les techniques du marketing de masse ? Non. La propagande politique n’est pas une publicité pour de la lessive, fut-elle bio. Elle se doit d’être au service du contenu.

Face à la dépolitisation des classes populaires, le rôle d’un responsable politique, a fortiori de gauche, n’est pas d’accompagner cette dépolitisation, mais au contraire de faire tout ce qui est en son pouvoir pour inverser cette tendance : en organisant des réunions publiques, en multipliant les ateliers de lecture, en décryptant constamment l’actualité, c’est ce que nous nous évertuons à faire au sein de l’association PRS.

Parce que si nous tenons à ce que les citoyens nous prennent au sérieux, nous devons tout d’abord les prendre nous-mêmes au sérieux.

Oui, la politique est une chose sérieuse... et l’expression de nos élus ne saurait être renvoyée à une simple affaire de gommes et de crayons.

Publié dans Coups de calcaire...

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