Lutte des places...

Publié le par Mouloud Akkouche

Ci dessous, une proposition de "Post" reçue ce matin à l'adresse de ce blog qui nous a fait un immense plaisir car elle vient de notre ami Mouloud Akkouche, romancier, l'une des "célébrités" montreuilloises.
Mouloud est aujourd'hui parti vivre ailleurs mais il garde un oeil attentif sur l'histoire de sa ville. Merci à lui pour cette contribution. Et que d'autres suivent !...





Lutte des places...

Feu rouge, Montreuil passe aux verts. Ma ville natale change de bord pour six ans. Pas mon bord, mais c’est la règle de la démocratie. Certains de mes amis ont d’ailleurs voté Vert. A d’autres endroits de la planète, les différents politiques se terminent à coups de machette et de rafales de mitraillette. Rien ne vaut la démocratie, même si son camp perd.

Bien que plus Montreuillois depuis quelques années, je reste très attaché à cette ville. Une partie de ma famille et des vieux copains d'enfance résident encore dans les quartiers populaires du Haut-Montreuil. J'ai aussi des amis parmi ceux que certains, tantôt avec affection mais parfois avec une regrettable animosité, surnomment les « Bobotreuillois». Donc, aussi curieux que cela puisse paraître, je me sens beaucoup plus Montreuillois que Français.

En 1978, mes copines et copains lycéens parisiens refusaient de traverser le périphérique et préféraient me donner rendez-vous dans la capitale. Combien de copains perdus de vue car inquiets de prendre le métro jusqu'à Croix-de-Chavaux ? Combien d'histoires d'amours avortées à cause de la mauvaise réputation de Montreuil ? Cette ville, comme Aubervilliers et d'autres de la ceinture rouge, inspiraient une grande peur. D’ailleurs, les producteurs de fictions policières n’ont pas hésité à capter ce sentiment et à investir friches industrielles et cités de banlieue. Les écrans sont friands des apaches et cow-boys de ce nouveau western urbain.

Mais, aujourd'hui, beaucoup veulent vivre à Montreuil ou aiment fréquenter ses bars, son théâtre et son cinéma, Le Méliès. Et tant mieux ! Mais, il est important de rappeler que ce changement positif est le fruit du travail des précédentes équipes municipales. Sans l’œuvre au quotidien - bien sûr critiquable et perfectible - de ces équipes et des employés communaux, la plupart des nouveaux habitants n’auraient pas élu domicile dans la patrie de Méliès et des murs à pêches. Et bu des coups au Bistrot du Marché, l’un des cafés branchés de la ville. Ni fréquenté la libraire Folies d’encre ou le théâtre des Jeunes Spectateurs (le CDNM – NDLR).

L’équipe municipale battue, comme tous ceux qui prennent des responsabilités, a bien sûr commis des erreurs. Et Jean-Pierre Brard, l’ancien maire, même s’il aime (qui trop embrasse mal étreint ?) indéniablement sa ville, ne pourra faire, pas plus que ses colistiers, l’économie d’une autocritique. Mais, force est de reconnaître le travail opéré depuis de longues années sur le plan de l’éducation, des loisirs, de la mixité sociale, de la culture, de la laïcité… A titre d’exemple, le salon du livre de Jeunesse de Montreuil a vu très modestement le jour dans les centres de loisirs de cette ville. Rares sont ceux qui rendent hommage à Rolande Causse, l’initiatrice souvent oubliée de ce projet. Elle a offert des bibliothèques à beaucoup de gosses nés sans livres, bibliothèques avec de la littérature de qualité.

Quant à Dominique Voynet, l’heureuse élue, je ne la connais qu’à travers les médias. Evidemment, les couteaux de la cuisine électorale sortent à chaque coin de rue. Et, comme toujours, les gagnants et les ralliés – tout frais - d’après scrutin tirent à boulets  rouges (verts ) sur les perdants. La stature nationale de l’ancienne ministre de l’écologie pèse lourd dans la balance des médias. Depuis les résultats, il me semble n’entendre qu’un seul son de cloche. Le son du plus fort, de celle qui est au plus près des caméras. Cela dit, inutile de refaire le match et restons sport : bonne chance à la prochaine équipe municipale.

Et aux montreuillois  de juger  sur pièces.

Aujourd'hui, je pense surtout à deux personnes. Une africaine anonyme, citoyenne depuis une cinquantaine d’années à Montreuil, n’a pas été voter. Abstentionniste ? Non. Mitterrand, Jospin et les autres n’ont jamais voulu lui accorder le droit de vote. Pourtant, ils le lui avaient souvent promis. Etrange que cette très ancienne montreuilloise ne puisse élire son maire et qu’une autre femme - ancienne ministre de Jospin -, citoyenne de cette même commune depuis cinq ans, soit devenue son maire. L’une cumule les fonctions ; l’autre les difficultés…

La seconde personne est Marcel Dufriche, ancien maire communiste de Montreuil décédé en 2001. Cet homme, déporté et grand résistant, avait de profondes convictions. Après avoir offert ses idéaux et son énergie aux Montreuillois, il donna son corps à la science. Dernier acte de résistance d’un humaniste. Comment jugerait-il la politique d’aujourd’hui ? Cette politique de lutte des places…

 

Par Mouloud Akkouche
ancien habitant des Ruffins

 



Et trois brèves montreuilloises de dernière minute
proposées par
Mouloud Akkouche

 

  • A la lecture d’un numéro de Charlie hebdo, quelques lignes de Cavanna m'ont choqué. Qu'il salue la victoire de Dominique Voynet est son droit le plus strict. Mais, pourquoi ajouter ces phrases méprisantes pour toute une population : « Vas-y, Dominique, fais de Montreuil un paradis ! Nous viendrons t'y dire bonjour. » Serait-elle venue s'installer dans une ville-enfer ? Peut-être a-t-elle raison de se rendre à la fête du parc Montreau encadrée de  gorilles… Pour le prochain safari de l'auteur des Ritals à Montreuil, je conseille donc un 4x4 équipé de pare-pauvres. On ne sait jamais...

  • Aujourd’hui, j’apprends que l’interview de Daniel Cohn-Bendit pour Montreuil-Dépêche hebdo s’est déroulée à la brasserie Zimmer, place du Châtelet. La raison, selon mes sources, serait que « Dany le rouge » refusait de se rendre à Montreuil. Cette commune colorée du 93 serait-elle plus dangereuse que la rue Gay-Lussac en 68 ? Une photo place du Châtelet est sans doute plus people que place Le Morillon, trop peuple. Mais, côté portefeuille, le café de la brasserie Zimmer est plus cher que celui du Café de la Paix… rue des  Ruffins.

  • Peu après ce petit déjeuner parisien, le nouveau conseil municipal de Montreuil votera la suppression du repas de fin d’année en mairie (fréquenté par beaucoup de RMIstes et personnes seules) ainsi que l’augmentation des tarifs du cinéma municipal Georges-Méliès…

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