Centres de santé à Montreuil, vers la fin d’un service public de la santé ?

Publié le par Juliette Prados

Le Parti de Gauche s’associe à la protestation du collectif montreuillois pour la défense des centres municipaux de santé et s’inquiète des annonces de fermeture du centre Voltaire et de différents services des centres de la ville.

 

Outre les mesures, discutables, et la méthode, choquante (les décisions prises par Madame la Sénatrice-Maire nous ont été dévoilées par la presse et ont fait l’objet de nombreuses déclarations et contre-déclarations), c’est le projet politique poursuivi par Madame Voynet que nous tenons à dénoncer. Lorsqu’elle déclare vouloir « rééquilibrer l’offre entre le public et le privé » et affirme trouver « absurde » de maintenir une prestation de prélèvements sanguins alors qu’un laboratoire privé se trouve à proximité d’un des centres, c’est le principe même d’un service public de la santé qu’elle remet en cause, choisissant une logique de concurrence public / privé ; Par ces dispositions, elle rompt également la chaîne de soins, ballotant les patients d’un endroit à l’autre.

 

Ces mesures nous inquiètent d’autant plus qu’elles s’inscrivent dans un contexte global qui voit le démantèlement progressif de l’hôpital public. Madame Voynet se rend ainsi complice de l’offensive libérale menée par le gouvernement Sarkozy, excluant mécaniquement nombre de personnes d’une offre de soin de qualité.

 

Au niveau national,  la loi « Hôpital, patients, santé et territoire » - dite loi Bachelot – renforce l’entrée des médecins libéraux à l’hôpital, renforce le pouvoir des Agences régionales de santé, institue les « communautés hospitalières de territoire », qui laissent présager la fermeture ou le transfert de services à des fins économiques au détriment des besoins des patients. Cette loi poursuit sans complexe l’objectif de faire prévaloir la logique gestionnaire sur l’intérêt général.

 

Ces mesures confirment s’il le fallait la voie libérale sur laquelle le gouvernement actuel souhaite engager le secteur de la santé, déjà fortement mis à mal par les listes successives de médicaments désormais non remboursés ou la mise en place des franchises médicales, qui sonnent le glas de la gratuité des soins.

 

Une stratégie libérale voulue par la Commission Européenne de Barroso

 

Alors que les soins de santé avaient été exclus de la directive « Services dans le marché intérieur », (ils figuraient dans la précédente version : la fameuse directive Bolkenstein), ils la réintègrent aujourd’hui par la petite porte. En effet, c’est sur l’article 95 du traité relevant du « Marché intérieur » que la commission Barroso s’est fondée pour proposer la directive « droits des patients en matière de soin de santés transfontaliers»  adoptée le 22 avril dernier au Parlement européen .  L’acceptation de ce texte par les pays membres (et c’est bien sur cette voie que la France semble s’engager) serait un premier pas vers un « marché unique de la santé » où seraient mis en concurrence les systèmes de santé à l’échelle des 27 pays de l’union, au risque d’étendre au territoire européen le déséquilibre d’offre de soin qui se dessine aujourd’hui en France et d’engendrer une médecine à deux vitesses selon que l’on a les moyens ou non de se faire soigner à l’étranger.

 

Face à ces dérives inquiétantes, le minimum que nous sommes en droit d’attendre d’une municipalité s’affichant « vraiment » à gauche est d’offrir à ses concitoyens le bouclier social qui brille par son absence aux niveaux national et européen. Nous refusons cette « lisbonnisation » de notre ville, nous refusons que la concurrence y soit institutionnalisée, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un domaine aussi sensible que celui de la santé.

 

Alors qu’un rapport fait état cette semaine du refus de soins auxquels sont confrontées les personnes bénéficiant de la CMU auprès d’un quart des médecins généralistes de niveau 2 (pouvant pratiquer des dépassements d’honoraire), nous pensons au contraire qu’il est plus que jamais temps de défendre activement le service public de la santé sans sombrer dans de simplistes calculs comptables.

 

Il en va de l’intérêt général.

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