De l'usage de la mauvaise foi et de ses conséquences

Publié le par Juliette Prados

ju2.jpg J'ai du me pincer pour y croire. Pourtant, l'info était bien là, à 14h49, en-tête d'un communiqué de la ville de Montreuil, gravée dans le marbre ou plutôt sur la toile du site de la ville :

Le Front de Gauche s'oppose à la création de logements sociaux

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Zoom :

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N'ayant pu siéger au conseil municipal du 2 avril, qui portait sur le plan local d'urbanisme, je me suis soudain demandée quelle mouche avait bien pu piquer mes collègues de la minorité et quelles avaient pu être leurs déclarations pour se voir asséner une telle accusation.

 

J'ai fébrilement relu le communiqué que nous avions élaboré collectivement, et qui, loin de s'opposer à la création de logements, exigeait que « la densification urbaine (soit) maîtrisée et planifiée, qu’elle ne (puisse) se réaliser sans la garantie que chaque quartier puisse disposer des services, des commerces et plus généralement de tout ce qui rend la vie plus pratique ».

 

Toujours un peu anxieuse, j'ai cherché à comprendre si un quelconque propos pendant le conseil avait pu prêter à confusion. La séance n'étant pas encore en ligne, je suis donc allée consulter les interventions de mes collègues, retranscrites sur le site du Rassemblement de la Gauche Citoyenne.

La lecture des prises de paroles de Gaylord le Chequer et Jean-Jacques Serey a fini de me rassurer :

ces derniers, sans équivoque possible, démontrent que loin d'assurer la « préservation du caractère populaire » ainsi que l'affirme Dominique Voynet, le PLU risque d'encourager la spéculation immobilière. Il importe de lire attentivement ces textes pour comprendre les problèmes et interrogations soulevés par le projet.

 

Alors, comment ces positions ont-elles pu conduire la majorité à déclarer que le Front de Gauche s'opposait aux logements sociaux ?

 

Il faut dire qu'il est une ficelle dont usent sans vergogne les élus de la majorité municipale... La ruse est simple, simpliste même : lorsqu'un projet fait polémique, plutôt que de démontrer sa pertinence, il suffit de diaboliser ses opposants.

A coup de mauvaise foi et de raccourcis douteux, on tord et on déforme la vérité, en vue de faire perdre sa crédibilité à l'adversaire.

 

C'est ainsi que, lorsque l'on s'oppose à la fermeture du Centre de santé Voltaire, dans le bas-Montreuil, c'est forcément que l'on est contre l'ouverture d'un centre au Bel-Air.

Lorsque l'on demande des comptes sur la mise en place de la Maîtrise d'œuvre urbaine et sociale en faveur des Roms, c'est que l'on est d'odieux racistes.

Si l'on s'interroge sur l'entêtement de la majorité à mettre en place le coûteux projet de piscine écologique (près de 20 millions d'euros), c'est assurément que l'on refuse d'offrir des équipements publics aux habitants de la Boissière.

Enfin, si on émet le moindre doute quant au défaut de concertation sur le projet de groupe scolaire de l'ilot 104, nous voilà immédiatement relégué au statut d'empêcheur de bâtir des écoles.

 

Le procédé est facile. Surtout, il fait l'économie de tout débat argumenté, pourtant essentiel à la vie démocratique, et à la compréhension par la population des enjeux locaux.

 

Il a également ses limites. A trop caricaturer l'autre, on fini par se caricaturer soi-même, et se prendre les pieds dans le tapis. De l'accusation infondée à la diffamation, l'écart est souvent infime.

 

Dominique Voynet a du s'en rendre compte, puisqu'à 15h30, la phrase scélérate avait disparu.

 

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Publié dans Lu dans la presse...

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