Des Roms expulsés envahissent une salle municipale de Montreuil

Publié le par Rédaction 93100 Dessus Dessous

Des Roms expulsés jeudi matin de leur campement illégal de Montreuil (Seine-Saint-Denis) ont investi une salle municipale pour y passer la nuit. Une situation symptomatique de la commune et du département, où près de 7000 Roms habitent dans des campements. Entre 15 et 20.000 d'entre eux vivraient en France.

 

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Tout a commencé jeudi matin. Des forces de l'ordre ont procédé à l'évacuation d'un campement illégal de Roms, situé sur une friche industrielle de la rue de Paris à Montreuil. Cette expulsion fait suite à une décision de justice obtenue par le propriétaire privé du terrain. «Depuis plus d'un an, plus d'une centaine de personnes issues de la communauté rom squattaient ce site dans des conditions de vie, de salubrité et de sécurité inacceptables, pour eux-mêmes, comme pour les riverains», explique, dans un communiqué, la mairie de Montreuil. Les Roms, une soixantaine selon une association de soutien, se rendent alors devant la mairie de Montreuil pour demander un hébergement d'urgence, avant d'investir une salle municipale, place du marché, pour y passer la nuit.


Hébergements d'urgence

 

La préfecture de Seine-Saint-Denis affirme qu'un «diagnostic social complet» avait été réalisé le 8 avril dans le campement. Des «capacités d'accueil en hôtel avaient alors été réservées» à destination de quelques familles le jour de l'évacuation. «Cette possibilité de bénéficier d'un logement d'urgence leur a bien été notifiée. Mais aucune famille ne s'est manifestée entre le 8 avril et jeudi, le jour de l'expulsion, pour en faire la demande», assure la préfecture. Affirmation que réfutent Saimir Mile, président de l'association La Voix des Roms et Riva Gherchanoc, une des responsables du Parti de gauche de Montreuil. «La circulaire Valls du 26 août 2012, qui prévoit que des mesures d'hébergements d'urgence ou de relogements pérennes soient prises en amont, n'a pas été respectée, explique Riva Gherchanoc. Une soixantaine de places ont été bloquées sur le dispositif du 115, mais lorsque les Roms se sont fait évacués du parvis de la mairie vers 22 heures, aucune solution d'hébergement ne leur avait été proposée.»

La mairie de son côté assure que tous les textes ont été respectés à la lettre. «Le jeudi matin, pendant que les forces de l'ordre procédaient à l'évacuation du campement, il y avait même un policier qui a encore proposé un hébergement aux familles, explique Sébastien Maire, le directeur de cabinet de Dominique Voynet. Mais aucune ne s'est manifestée.» Rien d'étonnant pour Saimir Mile. «Ce ne sont pas des SDF seuls que l'on loge pour une nuit, mais des familles entières. À l'hôtel, c'est compliqué, explique-t-il. Surtout, les hôtels sont situés à des dizaines de kilomètres de leur campement, où ils ont leurs habitudes, où ils savent par exemple où y trouver de la nourriture.» Surtout, si les quatre premières nuits leur sont offertes, ils n'ont pas les moyens de rester à l'hôtel. «Dans le département, qui n'est pas le plus cher d'Île-de-France, une nuit c'est 37 euros par nuit et par personne, indique Saimir Mile. Ces hébergements d'urgence ne résolvent rien. Et ce n'est même pas que ça déplace le problème, ça en crée un autre.»


«C'est la méthode Dominique Voynet»


Après avoir été évacués du parvis de la mairie, des militants du Parti de gauche emmènent les familles Roms à la salle municipale située place du marché, où ils savent que se tient une réunion organisée par un élu de la gauche radicale. La salle sera ouverte, l'occasion de pouvoir faire dormir les soixante Roms dans un local sûr pour la nuit. Mais alors qu'une partie des militants et une partie des Roms sont entrées à l'intérieur, des agents de police municipale bloquent l'accès aux autres personnes encore à l'extérieur. «Des militants ont alors insulté et violenté les agents, déclare Sébastien Maire. Nous allons porter plainte pour insultes à agent et tentative d'atteinte physique». Juliette Prados, conseillère municipale du Parti de gauche raconte qu'un de leur militant a été violemment plaqué au sol et a dû être hospitalisé. «C'est symptomatique de la méthode Dominique Voynet, ajoute Riva Gherchanoc. Ni elle ni ses élus n'ont été vus sur le terrain de toute la journée. Elle n'était même pas joignable par téléphone. Elle est quand même la première magistrate de la ville. C'est irresponsable.»

La politique municipale de Montreuil concernant les Roms est pourtant favorable à leur réinsertion. Dans le cadre d'une maîtrise d'œuvre urbaine et sociale (Mous), plus de 350 personnes, présentes depuis des années dans la commune, sont logées et ont accès à un suivi sanitaire et social. «Ces personnes sont d'abord logées dans des caravanes propres sur des sites provisoires. Si elles respectent nos critères, c'est-à-dire scolarisation des enfants et recherche d'un emploi, elles sont ensuite logées dans ce que nous appelons des logements-passerelles, développe Sébastien Maire. Il s'agit d'un sas d'insertion vers le droit commun.» Mais la ville ne peut pas en faire plus, elle n'en a plus les moyens. «Montreuil est une terre d'accueil des immigrants. Nous faisons beaucoup, plus que d'autres villes, mais nous avons atteint nos limites. Si toutes les communes mettaient en place ce genre de programme, il n'y aurait plus de problème Rom», assure le directeur de cabinet de Dominique Voynet.

 

In  Le Figaro

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