Eau et SEDIF : « On ferait beaucoup plus de choses, si on en croyait moins d’impossibles »

Publié le par Juliette Prados

ju2.jpgLors du dernier conseil municipal à Montreuil, j’avais interpellé Madame la Maire sur la position qu’elle souhaitait défendre au sein de la communauté d’agglomération (lire ici) , et m’étais désolée de l’absence de réponse de cette dernière.

La présentation du rapport d’activité du SEDIF tombait donc à point nommé pour apporter des éléments quant aux engagements politiques de Mme Voynet sur la question. En effet, dans son rapport de présentation, Claire Compain (qui représente la maire au sein du SEDIF) n’a pas manqué de nous apporter quelques précisions sur la question, nous apprenant par exemple que la municipalité s’était associée à la démarche de Christian Métairie, premier adjoint de la ville d’Arcueil, qui souhaite notamment saisir l’autorité de la concurrence pour examiner les termes de l’appel d’offre pour le renouvellement de la délégation du service public de l’eau, estimant que le marché (et donc le territoire) devrait être découpé en différents lots.

Elle nous a également précisé  qu’une commission se mettrait en place au sein de la communauté d’agglomération pour traiter ce sujet.

Toutefois, et malgré  le fonctionnement opaque du SEDIF qu’elle n’a pas manqué de dénoncer, Claire Compain n’a pas évoqué de possible sortie du SEDIF, première étape pourtant indispensable pour permettre un retour en régie public. 

Voici mon intervention, en réponse à ce rapport : 



Délibération n°29 : Rapport annuel et rapport d’activité du Syndicat des Eaux d’Île-de-France (SEDIF) pour l’année 2008.


Madame la Maire,

Mes chers collègues,

Mesdames et Messieurs,

Et Mesdames et Messieurs les nouveaux Conseillers communautaires, 

Comme chaque année, nous sommes appelés à prendre acte du rapport d’activité du SEDIF.

Comme chaque année, nous sommes amenés à déplorer l’inexorable augmentation du prix de l’eau.

Comme chaque année, nous ne pouvons que constater que la disparité des prix pratiqués par le SEDIF sur l’ensemble du territoire : 4.16 euros ici, 4.71 euros à Aulnay, 3.3 euros à Houilles, dans les Yvelines… Force est de constater que la péréquation tarifaire n’est pas appliquée, tout comme n’est pas appliquée la  tarification progressive qui permettrait de parer aux consommations excessives, tout comme n’est pas appliqué le principe de gratuité sur les premiers volumes, qui garantirait davantage l’accès de tous à l’eau que les mesures prises très récemment par le SEDIF. 

En résumé, comme chaque année, nous prenons acte que la délégation consentie par le SEDIF à Véolia pour la gestion de l’eau est bien loin de répondre à ce que nous en sommes en droit d’attendre d’un véritable service public. 

Je sais que c’est un avis partagé, j’ai eu l’occasion de le souligner à plusieurs reprises. Toutefois, j’ai également eu l’occasion, à plusieurs reprises, de demander « et maintenant, que faisons-nous » ? 

Madame Compain vient ce soir d’apporter quelques éléments de réponse. Il est clair que le combat politique reste à mener. 

Le contrat avec Véolia arrive à son terme. Dans un an, le SEDIF devra signer une nouvelle délégation… le prochain contrat signé nous amènera jusqu’en 2023 !

Alors, que faisons-nous ?

Attendons-nous sagement d’avoir la possibilité de fêter en 2023 le centenaire de la délégation à Véolia ?  Puisque le contrat « négocié » par Monsieur Santini serait de 12 ans.

Nous apprenons ce soir que vous soutenez l’initiative de Christian Métairie. Si nous en comprenons certains aspects comme le recours auprès du Tribunal Administratif et la demande à la cour régionale des comptes, la saisine de l’Autorité de la concurrence (c’est d’ailleurs cette action que la presse retient surtout) nous semble en revanche très contestable, car il est illusoire de croire que c’est par la concurrence que nous résoudrons les problèmes auxquels nous sommes confrontés.

Au sein du Parti de Gauche, la saisine de l’Autorité de la concurrence n’est pas notre position. Nous ne pensons pas que jouer le jeu du libéralisme apportera une réponse satisfaisante. Surtout quand on sait que le projet d’allotissement du territoire du SEDIF est justement celui de Suez, l’autre géant français de l’eau, qui invente avec cela « la vente à la découpe de l’eau » qui a fait la fortune des spéculateurs de l’immobilier.

Nos élus se battent au contraire pour un retour en régie public, en posant la question de la sortie du SEDIF, qui est devenu l’instrument de la marchandisation de l’eau en Ile de France. C’est le cas de Gabriel Amard, président de la communauté d’agglomération les Lacs de l’Essonne, qui a entamé une procédure pour sortir du SEDIF.

Bien sûr, ce n’est pas simple : le système est verrouillé, et il faut qu’une large majorité d’adhérents soit d’accord pour permettre à une commune de sortir. 

Mais encore une fois, à Montreuil, nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur notre passage en communauté d’agglomération pour envisager sérieusement cette sortie !  

Pourquoi ne pas prendre exemple sur Paris, et pourquoi même ne pas réfléchir avec Paris à une gestion commune ? 

Bien sûr cela demande une étude poussée. Bien-sûr il ne s’agit pas de claquer des doigts pour organiser comme par magie cette régie publique.

Mais la question du service public de l’eau ne mérite-t-elle pas que l’on se donne les moyens d’y parvenir ? 

Je le répète, le premier acte concret consistera à ne plus nous lier aux décisions du SEDIF en ne renouvelant pas l’adhésion de l’agglomération. C’est à notre portée. Que comptez-vous faire ?


Je vous remercie.



 

Vraisemblablement, cette question n’est pas à l’ordre du jour. Si Madame la Maire a réaffirmé sa volonté de mener la bataille, elle semble d’ores et déjà se résigner à ce que celle-ci soit perdue d’avance, « nous n’avons pas le temps de construire un projet alternatif d’ici trois mois, avant le vote de l’agglomération sur l’adhésion au SEDIF » a-t-elle déclaré.

Nous sommes surpris par cette résignation à laquelle semble s’abandonner Dominique Voynet, qui résulte sans doute d’un manque de courage politique au sein d’une agglomération dominée par le Parti Socialiste et d’une méconnaissance des moyens pour inverser la marche des choses. Je profite d’ailleurs de ce papier pour préciser que l’Eau, contrairement à ce qu’a affirmé Madame Voynet jeudi dernier, n’est pas une compétence obligatoire, mais bien une compétence optionnelle. Si elle a été délibérément choisie par les fondateurs d’Est Ensemble… Gageons que ce soit pour le meilleur ! 

Peut-être cette résignation de la sénatrice-maire écologiste est-elle aussi un manque de confiance dans la capacité des citoyens à s’impliquer dans les affaires publiques, jusqu’à faire sauter les verrous qui semblent solides. On a déjà constaté cette tendance de certains écologistes qui ont accepté le carcan ultralibéral du Traité de Lisbonne qui a largement contribué à rendre l’Europe incapable d’orienter le sommet de Copenhague sur le climat, qui a abouti comme on sait sur un échec total.  

« On ferait beaucoup plus de choses, si on en croyait moins d’impossibles » disait Condorcet. Pour notre part, au Parti de Gauche, nous allons donc continuer à expliquer, à convaincre, à donner confiance aux  habitants d’Est Ensemble qui, si rien ne ce passe, risquent de continuer, année après année, à continuer de constater l’augmentation du tarif de l’eau et à enrichir les poches des actionnaires de Véolia… ou de Suez !

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