Lettre des élus montreuillois à Manuel Valls

Publié le par Rédaction 93100 Dessus Dessous

Courrier adressé à Manuel Valls, Cécile Duflot, Dominique Voynet et Philippe Galli

de la part des élus PCF, PG, FASE, PS et RSM

 

 

Monsieur Manuel VALLS

Ministre de l’Intérieur

 

 

Montreuil, le 25 octobre 2013

Monsieur le Ministre, 

Citoyens et élus de Montreuil, nous voulons attirer votre attention sur le sort des populations fragilisées qui sont confrontées à des conditions de vie dramatiques liées au manque de logements (plus de 6000 demandeurs de logements en permanence dans notre Ville) et d’hébergements d’urgence. A Montreuil, cette situation s’aggrave ; elle nécessite d’autres compétences et met en jeu d’autres responsabilités que les nôtres. 

Comme vous le savez, Montreuil est une ville d’accueil ; l’ensemble de son Histoire en témoigne. Cette tradition demeure, alimentée par un état d’esprit rare de ses habitants, adossée à un tissu associatif exceptionnel et une conscience collective politique et syndicale forte. Ainsi, ces dernières années avons-nous réussi à accueillir, de façon souvent très précaire mais du mieux que nous le pouvions, des migrants venus d’Europe ou d’autres continents qui trouvaient sur notre territoire un ultime et unique refuge. Mais le manque de logements à Montreuil est devenu chronique et dramatique, engendrant des conditions de vie épouvantables pour nombre de femmes, d’hommes et d’enfants.

Depuis quelques mois pourtant, face à la crise économique internationale et aux guerres qui ravagent plusieurs pays, nous ne parvenons plus à faire face. 

De nouveaux migrants affluent à Montreuil où plus aucune structure n’est en mesure de les accueillir. Ces migrants (hommes seuls, mineurs isolés, familles), sont principalement issus de deux communautés : la communauté malienne et celle des Roms (principalement roumains)

Pour les uns comme pour les autres, le choix de Montreuil comme terre d’exil est peu étonnant, dans la mesure où ces deux communautés sont depuis très longtemps présentes dans notre ville et que nombre de leurs ressortissants sont aujourd’hui français et parfaitement intégrés. Choisir comme lieu d’exil un territoire qui abrite déjà des compatriotes est un réflexe humain pertinent et sain, dans la mesure où ceux qui sont déjà intégrés peuvent faire le lien entre la culture maternelle et celle de la terre d’adoption. 

Le problème que nous rencontrons aujourd’hui n’est donc pas le principe de ces migrations, mais leur importance numéraire, alors que nos lieux traditionnels d’accueil (logements passerelles, foyers…) sont en état de sur-occupation chronique.

En conséquence, des familles avec enfants et des hommes seuls sont condamnés à errer dans notre ville, à dormir dehors et à se nourrir au gré des collectes que nous organisons, au gré donc de la générosité des Montreuillois dont on sait qu’ils sont eux-mêmes dans leur grand nombre, confrontés à des situations financières souvent très difficiles. Mais peut-vivre « normalement », lorsqu’en plein hiver, devant chez soi, des êtres humains dorment dehors ? Certains Montreuillois ouvrent même leurs appartements, leurs lieux de travail quand ils en sont propriétaires pour abriter quelques nuits les plus faibles. D’autres les accompagnent consulter un médecin, la dureté de leur quotidien engendrant évidemment diverses pathologies. 

Cette année, à la période la plus rude de l’hiver, de jeunes Maliens (dont des mineurs) sont arrivés à Montreuil. Trois vagues d’environ 80 personnes se sont succédé. 

Ces personnes sont arrivées au foyer BARA (en état d’intense sur-occupation), guidées par la connaissance personnelle qu’elles en avaient. Des Montreuillois voisins du foyer, ont ainsi « repérer » des hommes entrain littéralement de « crever de froid et de faim », s’abritant à tour de rôle dans les cabines téléphoniques du quartier. Une grande mobilisation d’habitants s’est organisée pour faire ouvrir des gymnases et donner à manger à ces hommes. Ces hommes sont arrivés à Montreuil sans moyens ni contacts personnels, ce qui constitue une nouvelle forme de migration qui laisse encore plus désemparés, tant les migrants eux-mêmes que nous. Au bout de plusieurs semaines, ils ont été envoyés dans des foyers ADOMA en Région parisienne, à Caen ou en Picardie. Mais sans qu’aucun suivi ne soit dispensé. Ainsi, à Montreuil, ces hommes pouvaient recevoir au moins un repas chaud par jour, confectionné par le foyer Bara. Sans argent ni correspondant dans leurs nouveaux lieux de résidence, crevant de faim, ils sont revenus à Montreuil.

Nous tenons à préciser que nombre de ces hommes parlaient italien. Ils nous ont expliqué qu’ils avaient transité par l’Italie où certains d’entre eux avaient travaillé quelques années, et obtenu des papiers. Ils nous ont affirmé que le gouvernement italien avait subitement décidé de « vider » ses « camps d’exilés », donné 300 euros à chaque personne avec consigne de quitter le territoire italien. 

Aujourd’hui environ 120 jeunes Maliens errent encore dans les rues de Montreuil, sans abri ni argent. 

Quand, comme cet hiver, un gymnase est ouvert et ne peut accueillir que 70 des 90 personnes sans abri, elles sont obligées de choisir entre elles quels seront les « privilégiés ». Elles le font sans heurts, en totale dignité. Mais vous comprendrez bien que c’est insoutenable et indigne de notre pays qui, même s’il traverse une crise économique majeure, demeure un pays riche. 

Mardi 22 octobre à 6h du matin, 60 personnes d’origine africaine dont 18 enfants, des bébés de 4 à 8 mois et 4 femmes enceintes ont été expulsées d’un immeuble du quartier de La Noue. Nous les avons aidées comme nous le pouvons en demandant à la mairie d’ouvrir un gymnase. 

Parallèlement, de nouvelles familles Roms sont arrivées à Montreuil et d’expulsions en expulsions, campent aujourd’hui sur l’esplanade Benoît-Frachon. 

La municipalité de Montreuil a mis en place une « MOUS Roms », dont la totalité du Conseil municipal a voté le principe. Mais aujourd’hui, les associations et les habitants n’arrivent plus à faire face à la misère de ces nouvelles familles. Apporter des vêtements ne suffit plus pour qu’elles vivent avec le minimum de dignité humaine. Les enfants scolarisés et les bébés dorment eux aussi dehors. 

Face à cette situation, nous avons fait en conscience ce que nous pouvions faire. Nous continuons mais sommes débordés, désemparés et bien seuls. 

Si politiquement, les dossiers des Maliens et des Roms ne peuvent être abordés de la même façon parce que les uns sont européens, et les autres non, nous refusons d’être contraints au « choix de Sophie ». 

Nous vous demandons solennellement de mettre en place d’urgence une cellule de crise, composée de représentants de l’Etat, d’élus issus de toutes les assemblées représentatives de notre République (municipalité, conseil général, conseil régional, assemblée nationale, sénat et parlement européen), ainsi que de délégués des associations, des habitants et des personnes concernées, afin d’apporter des solutions de court, moyen et long termes à la situation et au traitement des populations migrantes fragilisées. 

Nous-mêmes avons déjà élaboré quelques pistes de réflexions. Par exemple, lorsque les Maliens ont été accueillis dans des foyers ADOMA, il nous a semblé extrêmement dommage qu’aucun lien n’ait été établi entre les élus et les collectifs de Montreuil et ceux des villes qui devaient accueillir ces personnes. Nous avons essayé, dans la mesure de nos possibilités d’en joindre quelques-uns. Mais à ce moment- là, la création d’une plateforme Internet officielle aurait été un outil très utile pour accompagner les migrants dans leurs nouvelles villes. Des associations locales auraient pu les prendre en charge, au moins pour qu’ils puissent se nourrir. 

Par ailleurs, il nous paraît indispensable de porter ces dossiers au niveau européen. Pour les Roms qui sont des citoyens européens, mais aussi pour les Maliens. Il nous paraît tout-à-fait déplorable que les pays de la Communauté européenne, au lieu de mettre en œuvre une politique commune, coordonnée, solidaire et humaniste en matière d’immigration préfèrent agir comme l’a fait le gouvernement italien envers les jeunes Maliens.

Comptant sur votre adhésion à notre projet, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos salutations républicaines. 

 

Alexie LORCA Dominique ATTIA

Présidente du groupe socialiste Présidente du groupe communiste et FASE

Conseil municipal de Montreuil Conseil municipal de Montreuil

06 60 68 12 55 06 73 61 15 97

 

Alexandre TUAILLON

Président du groupe RSM

Conseil municipal de Montreuil

 

Patrice BESSAC Djeneba KEITA

Conseiller régional Conseillère régionale

 

Frédéric MOLOSSI Belaïde BEDREDDINE

Conseiller général Conseiller général

du canton Nord de Montreuil du canton Ouest de Montreuil

 

Jean-Charles NEGRE 

Conseiller général

du canton Est de Montreuil

 

Stephan BELTRAN, Murielle BENSAID, Daniel CHAIZE, Stéphane GAILLARD, Sophie GUAZZELLI, Anne-Claire LEPRETRE, Manuel MARTINEZ, François MIRANDA, Christine PASCUAL, Juliette PRADOS, Nathalie SAYAC, Jean-Jacques SEREY, Mouna VIPREY, conseillers municipaux.

 

Le même courrier a été adressé à :

Cécile DUFLOT, ministre de l’égalité des territoires et du logement

Dominique VOYNET, maire de Montreuil

Philippe GALLI, Préfet de la Seine-Saint-Denis

Copies à :

Jean-Paul HUCHON, Président du Conseil régional d’Ile-de-France

Stéphane TROUSSEL, Président du Conseil général de Seine-Saint-Denis

 

Publié dans Du côté des élus...

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