Montreuil a mauvaise presse !

Publié le par Juliette Prados & Nicolas Voisin

Pour en savoir plus sur la politique de Voynet, le mieux (le pire ?) reste... de lire la presse.

 

Il y a un peu moins d’une semaine, une édition spéciale de l’hebdomadaire libéral l’Express consacrait un dossier à Montreuil… enfin… au « système Voynet » mis en place à Montreuil, puisque c’est sous ce titre qu’il a été publié. Les montreuillois qui n’ont pas la mémoire courte se souviendront que c’est sous un titre proche qu’un dossier avait été publié un an avant les municipales de 2008, décrivant – donc – le « système Brard », et en quelques clics sur un moteur de recherche, on pourra découvrir qu’il existe aussi, selon l’Express, un « système Valls » à Evry, un « système Jarry » à Nanterre, un « système Joncour » à Saint-Brieuc, un « système Goulard » à Vannes, et cætera, et cætera, ad nauseam ! L’art de la titraille n’est pas le fort de l’Express… et on l’observera dubitatif le goût de cet hebdomadaire pour l’hyperpersonnalisation du débat politique.

 

C’est l’air du temps : celui d’une vie politique, jadis fondée sur des valeurs, et réduite aujourd’hui à l’affligeant spectacle des coups fourrés et des petits meurtres entre amis. A la télévision, on est désormais habitué chaque dimanche à se régaler de la vie du « Château » (sur Canal +). A chaque JT, on a droit à l’étalage édifiant des haines fratricides entre hommes d’Etat, des tourments sentimentaux des responsables politiques…

 

Avec sa série consacrée aux « Systèmes », L’Express  transpose la mode à l’échelon local, et offre la version « moderne » des petites cours florentines, peuplées de petits notables se disputant un pouvoir de plus en plus éloigné des préoccupations d’un peuple, réduit dans les analyses subtiles de cet hebdomadaire (et de tant d’autres journaux…) à une masse inerte et désorganisée, au travers de quelques approximations sociologiques à la mode, le bobo comme figure de proue.

 

 

Cliquez sur l'image pour accéder au dossier

Express Système Voynet 1

 


Trois ans après le « Système Brard », va pour le « Système Voynet », donc. Et comme toute la ville en parle, voici quelques remarques, ou plutôt, quelques propositions d’angles de lecture pour cette déconcertante – et désespérante – « enquête » journalistique.

 

 

Un débat sur la fiscalité confisqué

 

C’est dans l’Express que l’on apprend, par exemple, que la hausse des impôts locaux est en débat (ah bon ?) depuis plus d’un an. Bruno Bieder – ancien Directeur Général des Services passé sans transition de Massy (ville de droite) à Montreuil en 2008 – la proposait dès 2009, Dominique Voynet préférant attendre 2010.  

 

Ce débat est important.

 

L’impôt, à gauche, n’est certainement pas une question taboue. En République, il s’agit de l’outil principal pour lever les moyens financiers de l’action publique au service de l’intérêt général. Bien-sûr, il faut localement replacer la question de l’impôt dans le cadre d’une fiscalité devenue très injuste en France, parce que le libéralisme a multiplié les exonérations sur les entreprises, anéanti la notion de progressivité de l’impôt sur le revenu avec le bouclier fiscal, ruiné l’Etat et transféré la charge des dépenses sur la TVA (l’impôt le plus injuste car frappant de la même façon l’allocataire du RSA et le millionnaire lorsqu’il achète son pain) et sur la fiscalité locale dans les communes – surtout de gauche – souhaitant conserver une capacité d’intervention sociale.

 

Bien sûr, il ne faut pas perdre de vue que dans une ville encore populaire comme Montreuil, il y a une faible proportion de foyers imposables : 49% environ contre 53.4% en France (chiffres 2005). Bien sûr, il s’agit pour une ville de gauche forte de sa politique d'investissement depuis des dizaines d’années (la "dette" résulte avant tout d'emprunts consacrés à la création de nouveaux équipements publics) de prendre en compte les effets de la crise et la réforme de la Taxe Professionnelle imposée par Sarkozy, qui rendent effectivement le recours à l’impôt nécessaire.

 

Oui, il aurait été utile, pour sortir de l’alternative stérile « pour ou contre l’impôt » et pour élever le débat citoyen à Montreuil, de lancer un vaste débat public sur la question fiscale au service d’un véritable projet d’intérêt général. Las ! Les citoyens n’auront pas la possibilité d’en débattre, peut-être parce que Dominique Voynet juge que la question a été tranchée lors de l’élection de 2008 à l’occasion de laquelle elle a choisi de flatter la tendance très libérale d’un certain électorat qui a horreur des impôts ?...

 

Ou alors parce que ce débat fait rage au sein de sa majorité municipale, provoquant semble-t-il (si l’on en croit l’Express) une profonde divergence entre les ex-PS (pour une hausse de 5% maximum) et les verts (pour une hausse de 5 à 10%)… Ces divergences sont légitimes : elles révèlent des positions politiques qu’il n’est pas honteux de défendre.

 

Oui, mais cette « majorité municipale » a fait le choix de ne pas s’organiser en groupes politiques identifiables, ce qui aurait permis que cette discussion s’organise, argument contre argument, d’une façon publique et responsable. Dès lors, il faudra se contenter des révélations de l’Express, et cet important débat républicain sera sans doute expédié en quelques minutes lors du vote du budget qui aura lieu au conseil municipal de jeudi prochain.

 

Mais on découvre dans l’Express qu’il y a un autre moyen de régler cette question fiscale : élargir l’assiette (le nombre de foyers assujettis à l’impôt) en changeant « sociologiquement » Montreuil, et en faire progressivement une ville-dortoir de riches, comme on le lit dans la déclaration sans vergogne du directeur de cabinet Jacques Archimbaud.

 

Express Archambaud1

 

Heureusement qu’il se trouve encore à Montreuil quelques syndicalistes assez clairvoyants pour penser aux familles ouvrières qui vivent dans cette ville et pour ramasser le flambeau écologiste abandonné par l’encadrement municipal : c’est en effet le responsable de l’Union Locale CGT qui se charge de commenter lucidement cette orientation scandaleuse.

 

Dulumbée

 

 

Fonction publique : je t'aime, moi non plus...

 

C’est encore Jacques Archimbaud qui se charge de définir la politique de la mairie en matière de gestion du personnel : « il faut moins d'agents, mieux payés, mieux encadrés » dit-il, sans réaliser (on l’espère !) qu’il reprend presque mot pour mot le refrain ultra libéral asséné quotidiennement par le gouvernement de droite.

 

Si la réduction de la masse salariale n'est pas encore à l'ordre du jour dans l’esprit du directeur de cabinet qui gouverne la ville (c’est tout de même incroyable de voir quelle place l’Express réserve à un directeur administratif… mais avec celle qu’a pris Claude Guéant à l’Elysée, on finirait par s’y habituer !), on constate ici l’invraisemblable défiance vis à vis des capacités d'encadrement par les agents de la fonction publique. 

 

Express Archambaud2

 

Ces propos scandaleux sont-ils une méchanceté gourmande de l’hebdomadaire libéral l’Express qui aurait publié une phrase malheureuse du directeur sortie de son contexte ? Certainement pas ! A chaque conseil municipal depuis le début du mandat passent plusieurs délibérations pour la création de postes avec possibilité d'ouverture à des contractuels, qui sont autant d’occasion pour l’adjoint en charge du personnel d’afficher son mépris pour la fonction publique territoriale. Il faut aussi, par exemple, visionner les séquences du Conseil Municipal, pour entendre  les déclarations de Dominique Voynet lorsqu'elle se réjouit du Turn Over dans les services depuis le début de son mandat. Ou encore, il fallait assister à ses vœux aux personnels, à l’occasion desquels, devant une assistance médusée, elle s’est livrée à une véritable provocation, notamment en direction des syndicats.

 

Demain, jeudi 18 février, une grève générale paralysera la ville. Les employés communaux ont bien raison… mais qu’on se rassure là haut, l’Express n’écrira pas une ligne là-dessus : les salariés, les gens, le peuple… sont des abstractions dans les « systèmes ». 

 

Les limites d’une majorité municipale issue d’une coalition fragile

La question des Roms est abordée dans le dossier de l’Express. Bien sûr, on ne trouvera aucune analyse de fond de la situation que vivent ces populations livrées à l’errance et à la misère. Bien sûr, on n’apprendra pas que cette question ne concerne pas que Montreuil, et que pas moins de 47 campements sont recensés en Seine-Saint-Denis, qui abriteraient plus de 3100 personnes (chiffres sans doute sous-estimés de la Direction des affaires sanitaires et sociales). Bien sûr, aucune des personnalités s’exprimant dans l’Express ne dénoncera politiquement l'existence de ces taudis, résultant avant tout de l'incurie de la puissance publique en matière d'accès à l'habitat pour tous. Aucun républicain ne peut tolérer l’existence de bidonvilles dans notre pays et la lettre envoyée par Dominique Voynet au Ministre apparaît bien timide… d’autant que cette démarche institutionnelle annonce sans doute un virage brutal de la politique municipale.

 

Et les Roms deviennent même un nouvel enjeu de règlements de comptes au sein d’une majorité municipale qui se révèle pour ce qu’elle est vraiment : une coalition hétéroclite en 2008, qui ne s’est pas unie sur une vision du monde, sur des valeurs, sur un programme, mais sur le rejet de la municipalité de gauche qui précédait… Dès lors, il ne faut attendre à aucune solidarité au sein de cette municipalité lorsque les difficultés surviennent.

 

Express-Roms-copie-2.jpg

 

Cela finira mal. Bien sûr.

 

Express Petitjean

 

 

Et l’autre gauche dans tout ça ?

 

Nous ne pouvons conclure ce billet sans attirer l’attention sur un dernier point : l’effacement presque total de l’expression politique des partis de « l’autre gauche » dans le dossier de l’Express. On sait pourtant comment, à Montreuil plus qu’ailleurs, cette sensibilité de la gauche est active et influente dans la population, et dans l’électorat. Le Nouveau Parti Anticapitaliste ? Rayé de la carte. Et le Front de Gauche, pourtant crédité de 17% sur la ville aux dernières élections européennes ? Ignoré ! Pas un mot sur le Parti de Gauche, rien sur le Parti communiste Français ! … à moins que dans l’esprit du rédacteur de l’Express, le Parti Communiste soit intégralement représenté par la seule personnalité de Jean-Pierre Brard, qui n’en est plus membre depuis 15 ans…

 

On voit bien l’intérêt de l’hebdomadaire centriste de contribuer à faire durer le plus longtemps possible cette dualité opposant la sénatrice-maire au député. Un régal pour ceux qui se réjouissent des divisions de la gauche et espèrent en profiter. Un bonheur pour ceux qui cherchent à éliminer le peuple organisé de la vie politique, pour le condamner à devoir arbitrer une fois tous les 5 ou 6 ans (selon la durée des mandats) des querelles personnelles.

 

On comprend aussi tout l’intérêt que Dominique Voynet peut trouver dans l’entretien de ce schéma réducteur de la vie politico-médiatique qui lui a largement profité en 2008. C’est un calcul à court terme, bien sûr, car on a bien vu les craquements qui surgissent dans ce « système » très dépolitisé, qui peuvent aboutir à un effondrement… mais au profit de qui ? L’avenir à gauche de Montreuil n’est pas garanti, surtout si la gauche se réduit à un chaos !

 

Fort heureusement, la vie politique ne se résume pas à quelques pages sur papier glacé, et les Montreuillois ne sont pas dupes.

 

Pour l’autre gauche, qui tire sa force de l’engagement conscient et actif des citoyennes et des citoyens dans des structures collectives d’émancipation,  il va bien falloir sortir de ce schéma désespérant.

  

Le Front de Gauche, qui se retrouve aujourd’hui élargi dans les listes « Ensemble pour des régions à Gauche » offre une perspective et une méthode, s’efforçant de rassembler le meilleur de cette gauche, alors que d’autres oublient ses valeurs fondatrices et s’éparpillent dans les querelles égocentriques et jalouses.

 

Cela n’est peut-être pas écrit dans l’Express, mais c’est sans doute là que se trouve l’espoir d’un renouveau de la gauche authentiquement écologiste, sociale et républicaine pour Montreuil.

 

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