"On ne peut dissocier l’urgence sociale de l’urgence culturelle"

Publié le par Claire Pessin-Garric

Claire Pessin Garric Claire Pessin Garric Intervention d’introduction au Forum du front de gauche pour les arts et la culture,2 mai 2011, au Grand Parquet à Paris

En mettant au cœur de son projet politique la dimension de l’Art, de la culture et de l’éducation populaire, en les rendant indissociables, le Parti de gauche avec le PC et la GU veut peser sur la transformation de la société. Il a bien conscience qu’il s’agit d’un choix de vie, qui veut faire sortir la société de la seule logique économique qui est entrain de la broyer et qu’il s’agit bien d’un projet global qui met la personne en son centre, en totale rupture avec le modèle libéral.

Notre ambition est bien de recréer une société de citoyens, d’hommes et de femmes en pleine maîtrise de leur destin et pas seulement de clients ou de consommateurs.

Si le Parti de gauche prend clairement le parti des artistes, à qui il faut absolument définir un statut notamment pour les plasticiens qui en sont totalement dépourvus, car créer c’est travailler, des créateurs, des professionnels de la culture, on comprend bien que sa volonté politique va au-delà et que cela concerne la société toute entière.

On ne peut dissocier l’urgence sociale de l’urgence culturelle

 

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Ensemble, ici, au Front de Gauche, nous avons un exercice difficile mais qu’on se doit de réussir :

Concilier la nécessaire « durée » indispensable à une réflexion de fond et l’urgence d’agir pour s’opposer à la casse qui est en train de se faire sans réduire cet enjeu au seul maintien des acquis et du système de subventionnement actuel mais en posant bien la culture comme le fondement même du vivre ensemble, et en l’inscrivant dans le mouvement social qui bouleverse le monde.

Et convaincre les personnes qui ne sont pas en lien directe avec les milieux culturels que cela les concerne aussi, que ce que la culture gagne, la population dans son entier le gagne aussi.

On se doit dans l’immédiat concilier l’accompagnement des luttes pour stopper la casse du service public de la culture, l’asphyxie des structures et des associations culturelles avec lesquelles on doit privilégier la notion de partenariat plutôt que celle d’appels d’offres et en même temps être capable de se donner le temps d’une indispensable réflexion de fond propre à dégager des perspectives et des orientations en sachant qu’on ne peut parler de la culture comme si rien ne changeait autour d’elle, sans tenir compte d’un système mondial qui engendre autant de pauvreté.

Parce que l’émancipation des personnes est au cœur de notre projet politique, la culture et les arts en sont, de fait, une priorité absolue, et les politiques doivent s’engager à ce que leurs budgets résistent, même dans les contextes financiers les plus difficiles.

On doit redonner ses moyens à un véritable service public de la culture, en évitant absolument de tomber dans la dérive actuelle mortifère d’une politique exclusivement gestionnaire. Il faut remettre à plat les politiques contractuelles notamment avec les collectivités territoriales dont au fil du temps nombreuses sont celles qui se sont engagées dans des politiques culturelles volontaristes en faisant bien attention à ce que le rôle de l’Etat soit surtout de ne pas faire à la place mais de permettre que cela puisse se faire.

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L’Etat se doit de peser sur le marché, il a déjà été capable de le faire avec notamment la loi sur le livre.

Parce que la culture donne la priorité au développement de l’humain, à la dignité de chacun, au respect des différences, à une société de partage, d’échanges, de solidarités, d’accès aux connaissances pour tous, de libre expression, elle n’est pas un morceau du programme, elle doit l’irriguer.

Avoir un logement, du travail, pouvoir se soigner, tout cela est fondamental mais ne suffit pas à l’épanouissement de chacun, si on ne peut en même temps développer sa pensée, son imaginaire, rêver l’impossible qui donne envie de vivre, se projeter dans un projet de société réellement humaniste, au-delà des seules contingences matérielles immédiates. L’accès aux œuvres et à la culture est un droit fondamental.

Parce que l’art contribue à renouveler notre regard sur les choses et sur le monde, parce qu’il oblige à une remise en cause de l’ordonnancement des choses, parce qu’il permet la rencontre avec du nouveau, du différent, de l’étrange, il rend possible la construction d’une société ouverte à la diversité, accueillante aux différences, capable de résister à toute uniformisation, notamment celle qui nous menace par l’envahissement des produits culturels via les médias et la grande distribution.

L’art aide donc à lutter contre les postures conservatrices et de repli sur soi en développant en chacun cet esprit d’ouverture propice au «  vivre ensemble » d’une société vraiment progressiste et humaniste, le Front National ne s’y trompe pas qui, dès qu’il le peut, s’attaque en premier à la culture.

Parce que la création et la recherche ont à voir avec le progrès humain en ouvrant des perspectives jusqu’ici inexplorées, elles doivent être soutenues sous toutes leurs formes, pourquoi pas au sein de centres nationaux de recherches artistiques, CNRA selon le même modèle que le CNRS, mais aussi au sein de structures innovantes alternatives telles les laboratoires d’Aubervilliers,en quelque sorte les précurseurs de notre CNRA, Mains d’œuvre à St Ouen, la Maison Populaire à Montreuil, Khiasma aux Lilas pour ne citer que quelques exemples.

La liberté de création doit absolument être préservée : la fonction de l’art est de transgresser et c’est à l’éducation populaire d’organiser le débat qui évitera les incompréhensions, les dérives voire d’éventuelles violences.

Parce qu’on affirme que la dignité de la personne passe par la pleine maîtrise de sa pensée, de son libre arbitre, de la maîtrise de ses choix, de sa libre expression, il faut donner toute son importance à l’action artistique en profondeur, à la diffusion des œuvres et à la pratique amateur.

Cela doit passer par les enseignements artistiques, une réelle éducation du sensible dès l’école maternelle et jusqu’en terminale quelque soit la filière, par une réhabilitation de l’éducation populaire qui pose la question du partage des savoirs et donc celle du pouvoir, et du rapport entre les citoyens et les politiques.

Il nous faut reconquérir le terrain de la pensée par la télévision et l’outil informatique internet, par le lien recréé entre culture, Art et le monde du travail, entreprises publiques et privées.

Ce soir, pour nous c’est le début d’une volonté collective de vouloir construire ensemble le projet de demain, orientations, programme.

Le Parti de gauche s’est voulu un parti « creuset », s’il ne s’empêche pas de réfléchir et de faire des propositions, il s’engage à les soumettre au débat dans le cadre du Front de Gauche et ce soir il s’agit bien pour nous tous du début d’un chantier et de notre volonté commune sur la base d’une analyse et d’orientations partagées de rester en prise avec le terrain, d’écouter, de comprendre les enjeux du point de vue des acteurs culturels, mais aussi des citoyens dans leur ensemble et d’écrire ensemble une nouvelle page dans l’histoire des politiques publiques où les arts et la culture ont une place centrale pour une nouvelle société fondée sur l’humain.


NDLR : des extraits filmés de ce forum culture seront prochainement mis en ligne

(photos : Stéphane Burlot)









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