P.I.S.A, inégalités scolaires, R.A.S

Publié le par Laurent Abrahams

 

photo laurentC’est sans  surprise, que la fameuse enquête PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis) révèle, ce que chaque personnel travaillant dans l’éducation prioritaire sait depuis longtemps, la profonde inégalité de notre système scolaire.

 

Cette enquête est réalisée par un consortium mise en place par l’OCDE. Pour mémoire l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques est l’héritière de l’organisme chargé de coordonner en Europe, le plan Marshall, au sortir de la seconde guerre mondiale. Ce club regroupant les pays les plus riches et les plus industrialisés, encourage le libre-échange et la concurrence, sources, selon elle, d’innovation et de gain de productivité. Pour lutter contre le chômage, l’OCDE recommande notamment la déréglementation du marché du travail. La lecture des conclusions de cette enquête doit se faire en gardant à l’esprit l’idéologie guidant cet organisme.

 

La fin du XXème siècle, a vu le besoin d’avoir une main d’œuvre très qualifiée, devenir une nécessité pour prendre le relais de la croissance des trente glorieuses. La création du collège unique en 1975, l’objectif d’avoir 80% d’une classe d’âge atteignant le bac en ont été les traductions dans le système scolaire. Cette élévation du niveau de qualification était indispensable comme levier pour poursuivre la course à la productivité.

 

Cet objectif a été atteint en partie, puisque, la proportion de bacheliers sur une génération est passée de 3 % en 1945, à 25 % en 1975, pour atteindre 73 % en 2013 et que la productivité des travailleurs et travailleuses de notre pays est parmi les plus élevé du monde. Atteint seulement partiellement, car cette proportion cache bien entendu de grandes inégalités. Ainsi, le type de bac obtenu est encore très dépendant de votre origine sociale, culturelle ou de votre genre. En effet, la ségrégation reste très marquée entre filière générale, technologique et professionnelle. Et, même, à l’intérieur d’une même filière, des différences notables existent entre les séries.

 

Cette dualité, entre élévation générale du niveau d’étude et cette inégalité persistante, prolonge de fait deux visions du rôle de l’école. D’un côté les héritiers de la révolution, de Jaurès,  du front populaire, de Langevin Wallon qui visent à s’affranchir de son origine sociale grâce à l’éducation et de l’autre les héritiers du Bonapartisme qui dédie l’école à la sélection des meilleurs visant ainsi la création d’une aristocratie républicaine.

 

Cette enquête PISA suscite un certain nombre de critiques. D’abord sur la forme, elle teste les élèves de 15 ans scolarisés, hors si en France tous les enfants sont scolarisés ce n’est pas le cas partout. En Suisse seul 87% des jeunes sont encore scolarisé à 15 ans. Il y a donc 13% des élèves qui ne sont pas testé. On peut peut-être y voir une explication au bon classement de ce pays. Ensuite sur le fond,  il peut y avoir la tentation, pour les dirigeants, de faire enseigner le test au lieu d’enseigner des savoirs. Ainsi l’Allemagne qui, après PISA première version, était bien mal classée, a d’une part revu son organisation en allongeant le temps scolaire et d’autre part, réorienté ses examens pour qu’ils soient plus proches des tests PISA (QCM, mise en confrontation avec des situations proche de la vie quotidienne,..). Les résultats de cette enquête montrent en tous cas une chose, la victoire, pour l’instant, de ceux qui voient l’école comme un moyen de sélection. Notre éducation nationale semble ainsi,  passer à côté de la démocratisation du savoir, pour se contenter d’augmenter le vivier à élite.

 

 Pendant les dix années de gouvernement de droite, cette option idéologique était presque assumée.  Les gouvernements successifs ont ainsi tenté de mettre en place une concurrence généralisée entre les acteurs du système éducatif. Pour cela ils ont fragilisé les, déjà trop rares, structures visant à freiner les inégalités (RASED, Education prioritaire, formation, carte scolaire,…). Ils ont favorisé l’enseignement privé (loi Carle) privant le public de moyens d’accomplir sa mission. Pour Le gouvernement actuel, les choses sont nettement moins claires, puisqu’il a fait campagne sur la promesse de renouer avec l’égalité républicaine, mais qui, dès l’élection gagnée, s’est attaché les deux mains en se pliant aux dogmes économiques libéraux dominant l’Europe.

 

Les résultats PISA montrent que notre école loin de réduire les inégalités, les voit s’accentuer. La promesse républicaine de réussir par l’éducation est en passe d’être rompue et, ce n’est sans doute pas un hasard si les tensions sont aussi nombreuses dans autant d’établissements. Les élèves et leur famille ne voient plus quel est le but de l’école, tant la promesse, mise en avant, de trouver un travail en décrochant un diplôme est dévoyée. Les enseignants ne savent plus quels sont les objectifs du système éducatif, former un citoyen ou un employable. Les décideurs, contraints par des dogmes, se contentent de réagir à des enquêtes internationales, incapables de déterminer un idéal commun pour la France de demain.

 

Dès lors sans remise en cause du TSCG, sans remise en cause des orientations de l’OCDE qui, dès 1996 préconisaient que l’Etat ne se contente plus que « d’assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont l’exclusion de la société en général s’accentuera à mesure que d’autres continueront à progresser », ce gouvernement ne pouvait plus que réformer à la marge et espérer que les communicants fassent des miracles. Ainsi comment ne pas lire cette réforme des rythmes scolaires à bas coûts avec de forts soupçons quand on la met en parallèle avec cette autre préconisation de l’OCDE toujours en 1996 qui indiquait sur les méthodes à suivre : «  Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement » [1]


Vincent Peillon, le ministre de l’Education nationale, en bon Solférinien, a donc rendu les armes avant de combattre. En acceptant que l’avenir du pays, que représente sa jeunesse, se plie à  la volonté des marchés, il s’est coupé tous moyens d’engager la réforme ambitieuse qu’attendaient les enseignants. Il ne peut, dès lors, plus qu’amuser le cirque médiatique avec au mieux des mesurettes, au pire des annonces sans lendemain qui ne changeront rien aux inégalités que cette enquête, met en évidence.

 

La route vers une école véritablement émancipatrice, passe par la promotion de la solidarité, en lieu et place, des principes de compétition qui prévalent partout aujourd’hui.

 

Laurent Abrahams



[1] OCDE, CAHIER DE POLITIQUE ÉCONOMIQUE N° 13, 1996,

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