Pour que Léonarda et sa famille restent au Kosovo, tapez #1

Publié le par Juliette Prados

ju2.jpg Je n'arrive pas à savoir ce qui l'emporte, de la honte ou de la colère. Mais le mélange des deux m'empêche de dormir. Je squatte cet écran puisque j'ai éteint l'autre, le « petit » qui prend tant de place. Appuyer sur off pour ne pas voir et entendre le énième débat sur l'affaire Léonarda où la Le Pen se pavane avec ses théories liberticides et primaires, mise en scène et en lumière parce que, ma brave dame, ça fait de l'audience.

Leonarda, où la dechéance de l'information.

Des caméras qui se braquent sur une gamine de 15 ans, 30 journalistes dans la pièce pour l'interroger immédiatement après l'intervention de Hollande. 15 ans.

Un président qui se met à faire l'aumône en direct au 13h.

Des journalistes dont l'unique question se résume à :

« Mais vraiment, quand on sait que le père est violent, qu'il a menti aux autorités, il faudrait les faire revenir en France ? »

Non, tiens, virons-les. Virons tous les menteurs, tiens. Au fait, il est toujours là Cahuzac ? On ne l'a pas envoyé en suisse ? Virons tous les violents, tiens. On peut compter ceux qui matraquent les militants du DAL dans le lot ?

Allez, allez, vautrons-nous dans le fait divers, c'est si bon, si délectable, si simple... oh pardon, j'allais dire simpliste.

 

L'affaire Léonarda n'est pas l'affaire de Léonarda et de sa famille. Au-delà des conditions d'arrestation, honteuses, qui l'ont mis en lumière, cet événement remet au centre de la scène une question de société essentielle : la scolarisation des enfants sans-papiers.

 

Rappelez-vous, c'est cette question qui a entraîné la naissance, en 2004, du Réseau Education Sans Frontière. C'est pour cette cause que des élus ont accepté de parrainer des enfants sans papiers.

L'avènement de la gauche n'a pas mis fin au débat. Des élèves continuent de se faire expulser. Pour peu qu'ils soient tout juste majeurs, même isolés, c'est le retour au pays assuré.

 

Les lycéens l'ont bien compris, qui se battent pour que leurs camarades soient protégés. D'ailleurs, on a tendance à oublier que les manifestations lycéennes de la semaine dernière étaient prévues avant que n'éclate le scandale Leonarda. Les lycées parisiens se mobilisaient pour le retour de Khatchit, élève arménien expulsé le 12 octobre dernier.

 

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Ah ah, j'entends un journaliste dans le fond de la salle qui s'apprête à glisser « mais, quand même, il avait volé... ». Eh oui, il était soupçonnné d'avoir commis un vol avec d'autres amis. Mais vous savez quoi ? Ce n'est pas pour cette raison qu'on l'a expulsé. D'ailleurs ses camarades n'ont même pas été poursuivis pour un quelconque délit. Le soupçon de vol est ce qui a déclenché le contrôle, et c'est sa condition de sans papiers qui l'a envoyé en centre de rétention. Mais si vous tenez absolument à en parler parlons-en, ça rassurera les braves gens de savoir qu'on se débarasse des petits voleurs en les envoyant se faire pourchasser par la police arménienne. Au fait, vous l'avez précisé, que la police arménienne recherchait sa famille en raison de ses activités politiques ? Ah, non, tiens. Dommage, pourtant, parce que ça recentrerait le débat.

 

La question de la scolarisation des enfants sans papier n'est pas close donc. C'est une réalité que notre société ne doit pas laisser de côté. Mais comme l'angle ne fait pas d'audience, on lui préfère la mise en scène de propos de comptoir.

 

Devant l'écran, il y a un lycéen, mon fils. Il a un autocollant « Valls démission » sur son sac à dos. On va dire que je l'ai manipulé. Ce qu'on ne saura pas, c'est que c'est lui, un soir, qui m'a lancé en rentrant « Maman, tu es au courant de l'histoire de Katchit, un lycéen qui est en cours d'expulsion ? ». Honteuse, j'ai avoué que j'avais bien du voir passer un mail de RESF sur le sujet, mais que je n'y avais pas prêté plus d'attention. Il y en a tellement.

Et tous les soirs, après les infos, il quitte le salon en colère, et gromelle « ils ne disent plus un mot de Khatchit ».

 

Bah non, tu vois, ils n'en disent plus un mot. Parce que dans la vie, il y a la réalite, et puis il y a la télé. Et c'est cette dernière qui fait la loi.

 

C'est quoi, le numéro surtaxé qui va nous permettre de taper #1, pour faire revenir Khatchit ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Coups de calcaire...

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