REP + de quoi es-tu le nom ?

Publié le par Rédaction Parti de Gauche Montreuil

L’éducation prioritaire a son nouvel acronyme. Ce sera REP, pour Réseau d’Education Prioritaire et pour les 350 établissements qui étaient encore ECLAIR, il faudra désormais parler de REP +. Parmi ces établissements, cent, seulement seront dotés dès la prochaine rentrée, pour les autres il faudra patienter jusqu’ à la rentrée 2015.
Pourquoi attendre me direz-vous ? Et bien, malgré les discours et les belles paroles qui annonçaient que cette fois ci l’éducation serait la priorité des priorités, l’austérité donne de la voix. Elle parle d’autant plus fort, que les choix politiques de ce gouvernement mènent notre pays vers un désastre économique et social annoncé. Donc pour la priorité des priorités, il faudra se contenter une nouvelle fois, de bien peu.


La méthode tout d’abord ; la grande consultation sur l’éducation prioritaire aboutit comme par une heureuse coïncidence aux propositions, avancées par le Ministre de l’Education  avant le début de celle-ci.


Les mesures phares : Décharger les enseignants du temps de service devant les élèves pour avoir du temps de concertation, afin de mener les  indispensables projets. Résultat, dans les écoles neuf jours de décharge qui vont donner des sueurs froides à l’administration quand il va falloir trouver des remplaçants qui font déjà cruellement défaut, à moins que, paradoxalement, les élèves en ayant le plus besoin, soient privés de cours sur ces temps de concertation.


Dans le second degré, un coefficient est affecté au temps de service des enseignants. Ce qui devrait permettre aux certifiés (18h devant élèves) de voir inclure dans leur service 1h30 de concertation. Le problème est que les temps de services dans un collège de l’éducation prioritaires varient aussi souvent que les obligations liées aux différents statuts, (agrégé 15h, certifié 18h, prof d’EPS 21h, enseignant spécialisé 21h, professeur référent 26h), et cela sans parler des CPE qui font 35h et des surveillants qui font 41h10. Cette fois ci, ce sont les personnels de direction qui vont avoir des sueurs froides quand il va falloir coordonner toutes ces concertations. D’autant plus que sur le niveau CM2 et 6ème c’est entre le premier degré et le second degré qu’il va falloir se mettre d’accord.


L’autre mesure mis en avant est une nouvelle prime. Calcul fait, cela représente un gain de 50€ par mois pour les enseignants. Je doute que cela fasse pencher la balance en faveur des établissements prioritaires quand viendra l’heure de demander sa mutation.


Mais avant de régler tous ces problèmes, il y a une douloureuse étape à franchir : faire partie des établissements retenus dès cette année. Il aurait été simple, républicain, d’annoncer des critères précis, catégorie socio professionnel des parents, résultat au brevet, nombre d’incidents, nombre d’exclusion, l’âge du capitaine…n’importe quoi qui aurait permis aux personnels de savoir où ils allaient. Au lieu de ça, rien. Il faut se contenter comme critère de : « les établissements les plus en difficulté ». Mais si ils étaient classés ECLAIR c’est bien parce qu’ils étaient déjà les plus en difficulté !


Alors dans les collèges on se mobilise en contactant la hiérarchie, les syndicats, la presse, en écrivant au maire au député, en prévoyant les mouvements qu’il faudra enclencher dès le verdict tombé.


On aurait aimé que REP + puisse également signifier plus de république, mais en l’absence de critère, on en est à soupçonner le fait du prince où la manœuvre électoraliste à 45 jours des municipales. Ici ou là, on imagine bien qu’un candidat ayant ces entrées au ministère puisse se targuer du classement d’un établissement de la ville dans laquelle il est en campagne.


Au delà du classement REP+, quand on voit les dotations horaires annoncées, c’est l’ensemble des établissements de notre ville qui sont saignés à blanc.


 A Montreuil, l’esbroufe tourne à l’absurde. Ainsi un neuvième collège va ouvrir ses portes à la rentrée. Ce collège semblait bien  indispensable au regard de la montée des effectifs dans les établissements existants. Mais quand on compte le nombre de classes fermées dans les autres collèges, on tombe exactement sur le nombre de classes ouvertes dans ce nouvel établissement. Bilan nul ! On a ainsi plus d’élèves mais autant de classe ! Les magiciens du ministère ne s’arrêtent pas en si bon chemin, pour doter les heureux REP+, combien d’établissement vont voir les conditions d’enseignement se dégrader ?


photo laurentVous l’aurez compris, l’éducation prioritaire est encore loin d’être prioritaire. Les détracteurs de l’école républicaine, auront tout loisir de continuer leur travail de sape, tant l’écart semble abyssal entre les paroles et les actes de ce gouvernement.


Laurent Abrahams

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