Sorins : retour du tribunal

Publié le par Juliette Prados

ju2.jpg Pas facile de mobiliser un matin en semaine, sous la pluie... Et pourtant il y avait du monde ce matin devant le tribunal administratif de Montreuil pour soutenir les Sorins.

Le DAL, la LDH, les voisins et soutiens étaient rassemblés, mais également des militants de la CGT, du Parti de Gauche, de la FASE...

Malgré la demande expresse des Sorins d'obtenir une mobilisation forte des élus, avec écharpes et insignes, nous n'étions que trois présents : Catherine Pilon pour la majorité municipale, Stephan Beltran (FASE) et moi-même pour la minorité. Beaucoup s'étaient excusés, retenus par leurs obligations professionnelles, mais tout de même, nous aurions préféré être plus nombreux, plus visibles.

Devant le tribunal, Jean-Baptiste Eyraud, du Dal, prend la parole. Il exprime son mécontentement face à la décision du Conseil général d'expulser les sorins du stade André Blain, et le refus de voir de nouveau les occupants chassés par les forces de police du préfet Lambert .Il rappelle la responsablilité première de l'Etat dans la situation que connaissent actuellement les Sorins. Une intervention à souligner, après ces derniers jours de polémique qui ont opposé le DAL et des responsables politiques, ces derniers accusant l'association de s'en prendre uniquement aux "socialistes" et plus généralement aux élus de gauche, quant eux-mêmes sont aux prises quotidiennes avec les décisions iniques du gouvernement.

Issa Cissé, délégué des Sorins, a également pris la parole pour rappeler la demande de solutions de relogement dignes pour les 270 occupants du stade, ainsi que leur régularisation, tous travaillant, vivant, payant des impots en France.

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Pour quelques heures de sport...

A 10h45, l'audience commence enfin. Il est important de rappeler que nous sommes au Tribunal administratif, et qu'il ne s'agit pas là de traiter de la situation des Sorins eux-mêmes mais de s'attacher à juger la validité de la demande du CG, qu'exprime leur représentante, à savoir :

Le stade appartient au Conseil général, il est occupé par la ville au titre d'une convention liée aux activités sportives et notamment scolaires, le campement a été installé sans autorisation du CG et empêche la bonne tenue des activités sportives prévues.

La défense prend alors la parole, rappelle qu'aucune association sportive ne s'est plaint, démontre que les utilisateurs du stade peuvent continuer à utiliser les vestiaires et sanitaires.

Dans la salle, monte comme une envie de pleurer : on parle de 270 personnes hommes et femmes réduits à camper sur un stade suite à leur expulsion du batiment qu'ils occupaient, se démenant jour après jour pour obtenir des solutions à leur situation, et leurs vies sont mises en balance pour quelques heures de sport...

(NB : c'est le juge qui, plus tard, insistera pour que les parties s'expriment sur la situation humaine des personnes).

Les paradoxes du Conseil général

Mais l'avocate des Sorins expose alors son axe de défense, et c'est là que les choses deviennent intéressantes : Elle cherche à démontrer que la présence des Sorins fait l'objet d'un accord de la ville de montreuil, et que le jugement reviendrait à casser une précédente décision administrative. Cas de figure qui a déjà fait acte de jurisprudence dans le passé, et pourrait ainsi permettre de retoquer la demande du CG, la décision de la ville devant d'abord faire l'objet d'une procédure d'annulation.

Pour preuve, l'avocate verse au dossier des extraits du site internet de la ville, mais également une convention d'occupation pour le stade Henri Wallon qui mentionnait le retour des Sorins sur le stade André Blain à l'issue de la période de mise à disposition.

Et là, on se pince pour y croire, la représentante du CG s'attache à démontrer que la ville de Montreuil n'a jamais donné son autorisation pour que les Sorins occupent le stade ! Alors-même que Claude Bartolone ne s'est pas privé de déclarer que la ville les y avait elle-même installés ! (voir Libération du 6 décembre).

Le silence de la Maire

Il n'empêche, dans la salle, on trépigne. Les petits jeux du chat et de la souris auxquels se livrent Bartolone et Voynet font 270 victimes : Barto accuse Voynet d'utiliser le stade, Voynet répond "non non je n'étais pas au courant", et au milieu des personnes se retrouvent ballotées.

La ville, qui ne cesse de nous répéter qu'elle soutient les Sorins, n'auraient eu qu'à formaliser plus courageusement leur occupation du stade pour que le dossier de la défense soit solidifié !

Parce que oui, la ville a validé la présence des Sorins sur le stade. Elle l'a fait en leur rendant visite régulièrement. Elle l'a fait en inscrivant noir sur blanc qu'elle garantissait le retour des expulsés sur le stade après les quinze jours passés au stade Henri Wallon. Elle le fait encore en accueillant à la salle des fêtes un concert de soutien dimanche prochain. Elle l'a fait enfin, comme je l'ai rappelé lors de l'audience, en organisant une table ronde et en validant le texte qui en émane, qui demande à Claude Bartolone de surseoir à la procédure d'expulsion.

Certes, la présence des Sorins sur le stade n'est pas une fin en soi. Nous continuons tous à nous battre pour qu'ils soient relogés dignement, en mettant chacun face à ses responsabilités : le Préfet, le Conseil général, la ville.

Mais, comme l'a rappelé fort justement l'avocate de la défense : "L'occupation du stade, si elle ne représente pas une solution idéale, est en tout cas la seule solution immédiate face à l'inertie de l'Etat. Il serait paradoxal de prétendre s'inquiéter de la sécurité de ces personnes et, parallèlement, les expulser vers une destination inconnue."

 

Le jugement sera rendu dans le courant de la semaine prochaine. 


 



 

 



Publié dans Coups de calcaire...

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