Un dimanche à Hénin Beaumont

Publié le par Juliette Prados

ju2.jpg Il y a une dizaine de jours, mes camarades du Parti de Gauche et moi sommes allés sur le marché de la place Carnot pour soutenir la campagne de Jean-Pierre Brard.

Le temps était au beau fixe, la bonne humeur était de mise, les tracts partaient facilement malgré la faible affluence de ce week-end de pentecôte : bref, c'était un samedi militant comme on les aime !

Malheureusement, notre enthousiasme a été radicalement assombri lorsque, à notre grande surprise, nous avons vu débarquer une poignée de militants du Front national.

Oh, ils n'étaient pas bien nombreux. Ils ne payaient pas de mine. Ils ne se sont même pas risqué à s'aventurer sur le marché. Ils se sont juste "contentés" de glisser leurs tracts dans les boîtes aux lettres.Furtivement.

Mais si les militants sont furtifs, les idées, elles sont sournoises : peu à peu elles s'immiscent, se déploient, s'incrustent. Regardez les ces jolis candidats, tous blonds aux yeux bleus, bien comme il faut, souriants sur la photo. Oh, ça n'est plus Le Pen et ses éructations, non, maintenant c'est le FN à la sauce Marine, celui qui passe à la télé et qui se planque derrière des sourires mielleux Un FN convenable, quoi !

Sauf que non, le FN n'est pas convenable. Derrière les phrases consensuelles réservées aux JT de grande audience, il y a la fureur à l'état pur vomie par la Le Pen à chacun de ses meetings. Il y a ces candidats dont on apprend chaque jour avec effroi les inquiétants états de services : proximité avec des groupes néo nazis, racisme et appel au racisme, condamnations diverses et variées... Il y a cette idée monstreuse qui voudrait que le lien du sang prime sur tout autre... qu'il n'y ait de bonne religion que la religion chrétienne... que les femmes restent à la maison et s'abstiennent d'avorter... que notre République, une et indivisible, fasse le tri entre ses citoyens.

Le FN qui soudain deviendrait le parti des petits, des sans-grade, mais à condition que le sans grade soit de la bonne couleur et d'origine gauloise...

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Le Front national est un leurre, un mensonge, un poison.

Il amalgame lutte des classes et lutte des races, laïcité et islamophobie, il prétend défendre les travailleurs mais  n'est d'aucune manif, d'aucune lutte. Marine mène la danse, bien au chaud dans son chateau de Montretout, prétend défendre la cause du peuple quand elle ne défend que sienne, celle d'une héritière grande bourgeoise qui pioche des mots selon l'air du temps...

N'allez pas lui répéter que les immigrés rapportent chaque année 12 milliards d'euros à la France, elle s'en fout. C'est tellement facile de jeter l'opprobe sur plus petit, plus pauvre, plus miséreux que soi.

Mes camarades et moi, nous étions écoeurés. Non, nous ne voulons pas du Front national à Montreuil. Nous ne voulons pas du Front national en France.

Et puisque Jean-Luc Mélenchon a eu le courage de poursuivre la bataille anti FHaine en allant combattre la Le Pen jusqu'à Hénin-Beaumont, où elle se croyait bien à l'abri, nous avons décidé d'aller, nous aussi, en découdre.

Dimanche 3 juin, quelques-uns d'entre-nous ont donc pris la route jusqu'à Hénin Beaumont. Un trajet de deux heures dans la bonne humeur, malgré le temps maussade.

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Sur place, la ville était comme suspendue. Un dimanche dans une ville de province, qui plus est un dimanche de fête des mères. Des magasins fermés, des rues désertes, des portes closes.

Et soudain, au détour d'un virage : la foule. Des centaines, des milliers de personnes, toutes générations confondues, du rouge, de la musique, des mots, des sourires. Toutes ensembles réunies et émues, fières d'être là pour défendre l'humain d'abord, pour rappeler que le problème, ce n'est pas l'immigré, c'est le banquier. Des femmes et des hommes heureux d'être ensembles, fiers d'être unis pour faire barrage à la haine.

Un sacré cortège, qui s'est ébranlé doucement dans les rues. Et les maisons autour ont repris vie. Des familles entières postées sur les perrons pour nous applaudir. Des pouces levés à travers les vitres. Des curieux qui d'un coup décidaient de rejoindre le cortège. Toute une foule joyeuse et déterminée en marche pour la victoire de la solidarité et de la résistance aux idées fachisantes.

A l'issue de la marche, Jean-Luc Mélenchon nous a offert un discours comme lui seul sait le faire. Lui, le "parachuté", a su trouver les mots pour raconter une région, son histoire, ses hommes, ses femmes aussi, et notamment Emilienne Mopty, résistante déportée et assassinée par les nazis, à qui cette marche était dédiée. Il a su nous montrer la portée universelle de ce qui se joue aujourd'hui à Hénin Beaumont, mais aussi de ce qui s'y est par le passé.

Il a parlé de la mine qui donne à tous la peau noire, et du sang, toujours rouge, de nos blessures.

Il nous a laissé émus, la gorge serrés. Quand l'Internationale et la Marseillaise ont retenti, nous étions nombreux à retenir nos larmes. Et puis, des hauts parleurs, se sont élevées les paroles des corons. Et là, les larmes ont coulé.


 



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