Verlan, casquettes, famille et solidarité

Publié le par Yves Pras

 

Yves-Pras.jpgAu débat sur la soi disante identité nationale, Madame MORANO, sous ministre de la famille et de la solidarité (si, si, c’est son titre !), s’est invitée en fanfare… lundi 14 décembre.

Elle a choisi Charmes, dans les Vosges…. Et autant dire tout de suite que, même parmi tous ses auditeurs de droite, tous n’ont pas été… charmés... Charmes est connu pour être le lieu de naissance de l’écrivain nationaliste Maurice BARRES. Les ouvrages de ce dernier, d’une grande qualité littéraire, ont pourtant servis de livres de chevet aux nationalistes et autres populistes qui ont justifié le régime collaborationniste de Vichy.

Le contexte annonçait donc de grandes idées… Et les manifestants du Parti de Gauche et du NPA venus clamer leur indignation, n’ont pas été déçus.

Un « jeune », bien mis, bien propre sur lui, a posé une question « innocente »… Sur la compatibilité de la religion musulmane et de la République.

Et notre secrétaire d’Etat de répondre qu’elle attendait d’un jeune musulman « qu’il aime son pays, qu’il trouve un travail, qu’il ne parle pas verlan, qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers »,

Voilà, en quelques secondes, tous les mots clefs rassemblés : République, musulman, pays, travail, verlan, casquette à l’envers.

Consciente de sa bourde, Madame Morano essaie de se justifier, sur RMC, le lendemain,  disant « Nous parlions de la problématique des jeunes qui viennent des banlieues dont je viens et dont je suis issue ».

Cela manquait : « banlieue »… On prend un grand sac et on touille, sortant au hasard : musulman et banlieue, jeune qui doit trouver un travail, République et verlan… ou musulman et travail, ou banlieue et République…

Avec des non dits qui crèvent pourtant les tympans… un jeune, musulman, de banlieue, qui doit « trouver » un travail… Pour trouver, il faut chercher… S’il ne trouve pas, c’est qu’il ne cherche pas assez… Donc, c’est un fainéant, donc un parasite… Banlieues / zones de non droit, donc en dehors de la République…

Ce pseudo débat n’a pas pour but  d’approfondir les notions de République, de Nation, de citoyenneté… Il a pour but unique de faire peur, peur à ceux qui se considèrent comme les « braves gens »… Qu’on se rappelle.  A l’époque où le parti de la droite extrême dépassait les 15% et flirtait avec les 20%, ce n’est pas dans les banlieues, ce n’est pas à Montreuil qu’il faisait ses plus gros scores… C’était là où, justement, il n’y avait pas ou presque pas d’immigrés, pas ou presque pas de casquettes à l’envers, pas ou presque pas de gens parlant en verlan.

Oui, les débats sur la République, sur les valeurs, sur le travail, doivent avoir lieu… mais pas avec des gens qui se disqualifient. Quel avenir pour nos jeunes, tous nos jeunes ? Quel travail ? quels emplois ? Quelle citoyenneté ? et, maintenant, quelle citoyenneté européenne ? Quelles politiques ? et quelle politique pour les régions ?

La gauche de la gauche est prête, au débat et à faire des propositions.

Publié dans Coups de calcaire...

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